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Premier
Atelier: Le roman familial (samedi 7 mars 2009)
S: Je me présente, J'ai rencontré
donc les gens de l'association en premier M et N, puisque je
suis allée au groupe de parole pour les victimes d'inceste.
C'est une histoire drôle je trouve, la rencontre est assez
drôle, puisque l'on se rencontre avec un quiproquo: une autre
association m'avait contactée, j'avais eu cette adresse, une
réponse d'e-mail donc je suis venue chez vous. C'était une autre
association et je me suis retrouvée là. et donc on a travaillé
ensemble, on s'est échangés nos coordonnées, et ensuite j'ai
rencontré I, I et D.
M: Dans la transcription, tous les prénoms
sont changés.
S: Si vous ne souhaitez pas que je donne les
prénoms, il n'y a pas de problèmes, c'est dans la
confidentialité. C'est comme cela que c'est lancé le protocole.
Je suis à l'Université... donc je travaille sur le traumatisme de
l'inceste. J'applique en fait, des concepts en géopolitique qui
sont la question de la dictature dans les régimes,
c'est-à-dire: la violence, les états totalitaires. Ah, la
psychologie pourquoi? Parce que Je considère en fait que
l'inceste est un très beau paradigme de cette question de
violence, en tout cas qui peut être individuelle et groupale. Et
alors en psychanalyse vous entendrez peut-être la question du
surmoi tyrannique, mais je veux lui donner un autre nom que là
peut-être comme les entretiens seront retranscrits sur internet
que l'on donnera plus tard, que l'on nommera aussi ensemble
parce que ça va évoluer ensemble. Donc on a mis en place avec
les membres de l'association des thèmes que vous avez chaque
semaine sur internet, donc on compte travailler toute l'année
pour ce qui est la partie psychologique, ensuite j'ai
l'intention de développer un autre protocole de recherche, mais
là plus peut-être justement, je ne dirai pas de géopolitique
mais plus quelque chose de anthropologie du totalitarisme etc...
Mais cela on verra après.
S: Aujourd'hui, on a lancé la question du Roman Familial et l'inceste, donc c'était ça le
thème par rapport à aujourd'hui. Voilà ce seront les thèmes qui
se suivront, donc c'est bien parce que il y a une certaine
continuité, c'est-à-dire, que si vous pouvez à chaque fois
suivre... c'est bien, je pense qu'il y aura des nouveaux
arrivants, mais les thèmes se suivent mais en même temps quelque
part il y a une sorte de différenciation, c'est-à-dire si la
semaine prochaine on traite par exemple de «l'inceste et de la
peau», c'est sûr que les nouveaux arrivants peuvent arriver,
mais c'est vrai que bien c'est qu'il y est une certaine
continuité dans les ateliers. On avait prévu au début deux fois
par mois, mais il y a les problèmes de salles.
M: et des participants aussi
S: Des participants, on va avoir justement,
j'essaie aussi de vous mobiliser, pour pouvoir venir et
maintenir la régularité, je sais que ce n'est pas évident. Donc
le Roman Familial avant de vous dire en tous cas ...que moi de
l'idée que je m'en fais, je préférerais que ce soit vous qui
m'en parliez. C'est-à-dire quand je dis: «Roman Familial»,
qu'est-ce que vous vous pensez? à quoi, quand je dis le Roman
Familial? C'est quoi pour vous le Roman Familial? A quoi ça
renvoie? Qu'est-ce que ça implique?
I: Moi j'ai une idée en
tête qui me vient tout de suite, c'est le fait de reformuler
après coup en fait le déroulé de tout un long parcours de vie,
de relation dans la famille Quand on y repense forcément, on
tombe un petit peu aussi dans la fiction, parce que les
souvenirs s'effacent et déforment la réalité dans le récit, et
pour moi, c'est ce qui, ce que j'appellerais le Roman Familial.
S: D'ailleurs, vous pensez qu'il y a une sorte de
reconstruction chez l'individu? C'est ça?
I: Oui pour moi, le
récit de toute façon c'est aussi une sorte fiction, Mais quand
on raconte, on est plus dans le réel.
Is: Vous dites d'après
coup, c'est-à-dire que Roman Familial, c'est vrai que je traduis
un peu récit Roman par récit. C'est vrai qu'il y a des récits
dans la famille qui sont sur le passé des choses comme ça. Mais
justement j'ai l'impression, alors je ne sais pas si c'est
typique des familles incestueuses, mais j'ai l'impression
justement, dans ma famille il n'y pas beaucoup de récit, il y en
avait pas. Enfin je veux dire il y avait très peu de paroles sur
le passé des uns et des autres ....et que donc du coup pour moi le
Roman Familial c'est justement, en tout cas le récit c'est ce
que dois faire maintenant pour essayer d'avoir moi, une
histoire. Je sais que j'ai été abusée, je m'en rappelle dans mon
cas, mais ce n'est pas de l'ordre d'une histoire, ça c'est du
vécu et à l'époque je ne me le racontais pas. Enfin justement il
y avait une coupure totale entre ce qui se passait et de la
conscience que j'en avais. Par ailleurs j'ai réalisé en
réfléchissant au thème, enfin en le voyant avant de venir la
semaine dernière que justement je réalisais que... il n'y avait
pas que cette absence de récit chez moi-même, mais qu'il y en
avait un dans ma famille et très peu de récit, il y avait des
anecdotes. Mais il y avait des ruptures énormes de récits, on ne
pouvait pas tracer justement... Si j'avais voulu m'amuser à écrire
un récit de ma famille, je serais incapable de le faire, enfin
il me faudrait un gros travail d'investigation. Pour moi le
Roman Familial c'est le récit et puis aussi ça interroge la
question des relations entre le sens d'un roman et des
personnages et justement dans la famille, enfin justement le
problème des relations qui ne sont pas celles qu'elles devraient
être, les parents, les enfants, les frères, les sœurs où ça ne
marche pas comme ça devrait où justement il y a absence, pour
moi. Dans l'inceste il y a justement absence de Roman Familial,
il y a quelque chose qu'il faut faire un travail après, pour
c'est ce l'on disait pour le reconstruire, enfin pour le
réécrire, le re-raconter.
S: Mais quand vous dites récit, il y
a quelque chose à quoi je pense, est-ce que vous voulez dire:
histoire dans la continuité, ou vous voulez dire: récit
c'est-à-dire quelque chose qui serait reconstruit, imaginé ou
vous voulez dire que vous avez l'impression qu'il n'y a pas de
passé ou il y a une limite. Est-ce que c'est dans la continuité
dont vous parlez? Est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'il
a une suite chronologique? Mais...
Is: Il y a les deux, il n'y
pas une histoire comme la mienne qui me paraît complexe, bizarre
à appréhender à cause de tous ces non dits, de tout ça, et par
ailleurs ça c'est plutôt dans le présent, Ce travail pour moi,
de réflexion, c'est plutôt la mise en parole, que ce soit plus
juste... Des choses qu'on dit ou qu'on sait... pour arriver à dire,
à raconter, quand on dit on vient raconter ce qu'on a vécu,
c'est raconter. C'est justement de remettre les choses comme ça,
enfin ça a une définition ça m'évoque des problèmes justement
d'histoire dans la famille qui est un petit peu désorganisée. La
vraie histoire, je dirais de récit qui n'est pas apparu à
l'époque et les récits de la lignée des relations
parents-enfants... et ce problème des places des uns et des
autres, ça serait un peu ce que ça m'évoque.
N: En fait pour le
Roman Familial, moi dans ma famille on est trois, et on est
trois enfants dont moi. Il n'y a que moi qui me souviens de ce
qui c'est vraiment passé au niveau incestueux, donc en fait pour
faire le Roman pour raconter, il faut déjà se souvenir. Il y a
que moi dans ma famille qui me souviens de ma petite sœur, elle
est décédée il y a quelques mois et ma grande sœur elle ne se
souvient pas, donc il faut déjà être capable de se souvenir, de
fouiller dans sa mémoire pour remonter à tout ce qui s'est passé
et puis pour parler quoi.
S: vous pensez que ce n'est pas
possible de se souvenir ?
N : ce n'est pas possible?
S: De se
souvenir?
I: Je dis ça, enfin moi je sais que toute seule, je
ne me souvenais pas en fait. Je pense que des fois ce n'est pas
possible de se souvenir, il y a beaucoup de gens qui ne se
souviennent pas qui empêchent les souvenirs de remonter.
N: moi
je pense qu'il est possible de tout se souvenir, enfin c'est
personnel, je ne fais pas une généralité, mais tout est en moi
en fait, je me souviens de, enfin je ne souviens pas de tout,
mais si je veux vraiment je peux me souvenir de tout, tout est
moi donc, il n'y a pas de souci, enfin c'est une position
personnelle. ....Je pense... c'est ce que tu dis.
I: Vous dites la
même chose en fait, c'est possible, mais si il faut que tu le
veuilles.
S: oui, c'est ça, c'est une question de le vouloir
N: eh bien oui, oui
1: Oui tout à fait. ... Des fois tu n'as pas
envie, ce n'est même pas forcément conscient que t'en ais envie
ou pas envie, il y a des barrières.
N: si c'est très conscient,
c'est hyper conscient ...
1: Et l'ennui c'est quelque chose de
ressenti. Et des fois c'est de la réaction finalement ... le fait
de ne pas avoir envie, on a une réaction instantanée de vouloir
ou de pas vouloir et là, soit les souvenirs on accepte de les
fouiller, soit on les réfute quoi. Et pour construire le récit,
il faut finalement...
S: Mais quand vous dites on ne peut pas
être seule justement, qui pourrait aider dans cette démarche?
Qu'est- ce qui fait que justement on peut se souvenir, qu'on
peut construire, reconstruire une histoire familiale? Qu'est-
ce qui aide, puisque vous dites que, N dit qu'il se souvient de
tout mais qu'il est tout et voilà. En revanche vous vous dites
que non justement il ne faut pas qu'on soit seule, justement
quel seraient les paramètres qui aideraient à cette élaboration
de l'histoire familiale.
I: Moi ça s'est passé différemment
dans ma famille, moi j'ai fait le choix... c'est pas vraiment un
choix, quand j'étais petite d'éluder la question. Et c'est mon
frère qui lui a insisté sans arrêt pour faire ressortir ce qui
c'était passé. Et moi, ça m'a mise face... ça m'a forcée à me
mettre face à des souvenirs qui sont super-diffus et que je n'ai
pas vraiment, j'ai pas beaucoup de souvenirs, mais effectivement
j'ai pu faire ressortir la vérité c'est qu'il y avait eu de
l'inceste, enfin pour en prendre conscience. Effectivement
j'avais des éléments qui me manquaient ou qui étaient trop loin
dans mon passé et effectivement, j'avais besoin de la personne
qui avait été présente à ce moment-là pour faire réagir en vases
communiquant de souvenirs et voilà et donc ça me permettait
effectivement de reconstruire le récit pour en revenir justement
à la question Roman Familial.
S: Mais il vous a servie, vous
avez l'impression qu'il a finalement validé ce qui s'était
passé, c'est-à-dire en disant mais si c'est bien vrai, ça s'est
passé dans l'histoire familiale ou c'est parce que il vous a...
c'était une forme d'aide. Ou alors vous avez plutôt senti le
fait qu'on ait validé parce qu'on est toujours dans le doute de
l'inceste, on se dit mais est-ce que c'est bien arrivé, est-ce
vraiment que j'ai été victime d'inceste.
I: Mais moi je doute
toujours en fait.
S: Encore jusqu'à aujourd'hui?
I: Moi, je
doute toujours, enfin moi de toute façon ... On était en
permanence avec des images pornographiques des choses comme ça.
J'ai le souvenir d'un acte qui m'a été infligé ultra rapide, ça
a duré moins de dix minutes, enfin je ne sais pas, je pense
guère en dix minutes, même pas, mais... sinon qu'est-ce que
c'était votre question?
S: Non, je vous demandais simplement
si vous avez eu le sentiment qu'il a servi ... que votre frère
quelque part vous a aidé à valider si, si ça c'est bien passé,
c'est la réalité, ça c'est bien passé ou alors ça vous a aidé
dans l'accompagnement mais quelque part, est-ce qu'il n'y a pas
cette sorte possible de validation de la part de l'autre en
disant mais s'est bien arrivé, c'est la vérité, ça s'est passé.
I: Oui, enfin moi ça s'est pas passé comme ça... puisque c'était
super violent la façon dont il me l'a dit. Chaque fois enfin
dans notre histoire familiale, il a jeté comme ça les mots de
façon comme des insultes et des hurlements, il parlait de la
façon qu'il s'était fait violer. Et moi finalement, ça a passé à
la trappe parce que c'était tellement grossier, vulgaire que
personne n'associait ça au fait que c'était ce qu'il avait subi
... et en fait j'ai compris en lui demandant: «mais il t'a fait
ça papa» Donc en fait, c'est de lui dont il parlait et j'ai dû
me recentrer sur moi sur ce qui m'était arrivée, où que ça s'est
passé comme ça dans ma famille...qui m'a aidé, mais en tout cas
enfin c'était assez destructeur la façon dont ça s'est fait ...
enfin le retour.
S: Donc c'est à travers votre frère, que
quelque part s'est fait résonance en vous ... pour rejoindre le
récit?
I: Exactement.
Na: Moi je voudrai dire en fait que le
Roman Familial c'est pareil, pour moi c'est les non dits, la
fiction et en fait j'ai mis beaucoup de temps en fait à associer
l'inceste et quelque chose de déstructuré. En fait, dans ma
famille, c'est-à-dire que on parlait du passé, mais uniquement
par exemple des parents, de mes grands-parents ou des choses
comme ça donc à des générations plutôt anciennes... Mais par
contre, ma mère elle ne parlait jamais de son passé, mon père
non plus et comme si on sautait une génération jusqu'à moi. Et
en fait, comment dire? il n'y avait pas de communication sur ce
passé, je me suis rendue compte que tout ce qui était souffrance
de la part de ma mère ou peut-être souffrance aussi chez mon
père, eh bien tout ça c'était jamais dit ... c'était toujours des
non dits. Et je me suis rendue compte aussi que l'absence
familiale, de mon père, en fait l'absence de mon père de la
famille et de son non implication dans l'éducation avait créé
beaucoup pour l'inceste avec mon frère. Je pense que ça a
beaucoup joué dans son, dans son... dans l'évolution psychique ou
non évolution psychique peut-être de mon frère. Donc pour moi,
quand j'entends le mot Roman, ça me fait penser à ça, Ca me fait
penser à tout ce qui est non dit... tout ce que j'ai dû... tout ce
que j'ai recherché par moi-même
S: Comment vous avez dû
procéder, excusez-moi?
Na: En interrogeant, en confrontant
directement les personnes, en fait quand j'ai parlé d'inceste,
ma mère a commencé à parler de l'avortement qu'elle avait super
mal vécu. Mais ça c'est toujours des trucs que j'ai appris comme
ça par l'entrebâillement d'une porte, donc des trucs qui
ressurgissent assez violemment. Mon père avait été confronté à
la prison, mais c'est pareil, je l'ai su par l'entrebâillement
d'une porte, ce qui n'a pas été sans souffrance pour moi puisque
en fait ne sachant pas la vérité de la réalité j'aurai préféré
savoir la réalité même si elle était difficile plutôt que de
bâtir en fait continuellement des scénarios pour essayer de
comprendre quelque chose. J'ai dramatisé peut-être même plus
encore la réalité que ce que c'était. J'ai appris tardivement
que mon père avait été mêlé à des histoires aussi de viols et
que... on savait... j'ai du mal à savoir encore trop si il a
vraiment été uniquement passif, témoin. Donc tout ce climat, on
va dire malsain et pas de super bonne qualité à la base, voilà,
je l'ai su que très très tard.
S: ça n'a pas pas été dit? Na:
oui, voilà
S: ça n'a pas été dit aussi, c'est important en
fait.
Na: oui, non, non
S: ça n'a pas été dit, tout est caché...
Na: j'ai appris dernièrement que j'avais une demi-sœur, donc
c'est une demi-sœur de dix huit ans. Des tas de choses comme ça
qu'on n'apprend pas en temps voulu, pas dans le moment ou il
faudrait.
S: Mais à votre avis alors, quel est l'impact dans
votre histoire de cette absence de faits qu'on vous pas relatés
? de cette histoire qu'on ne vous a pas racontée.?
Na: Je
pense que ça a plongé vraiment tout le monde et toute ma famille
dans l'immobilisme, c'est-à-dire dans un certain état de
non-avancée, non-progrès. Ma mère restant avec mon père, alors
qu'ils ne s'aiment plus depuis des années, s'ils ne sont jamais
vraiment aimés. Puis moi, pareil, ne parlant pas je ne
comprenais pas pourquoi j'avais des problèmes relationnels avec
des garçons, pourquoi ça ne collait pas, pourquoi j'avais
tendance à avoir des peurs et des angoisses irraisonnées dans
les moments qui étaient sensés être les meilleurs. Ca m'a permis
de comprendre le présent en fait, tout simplement. Comprendre
mes blocages, comprendre mes souffrances, comprendre...
S: Dans
ce que vous dites, ce que ça m'évoque, c'est que ce qui n'a pas
été dit finalement est venu faire voile un peu dans votre
histoire à vous, c'est ça? Si j'ai bien compris, comme ça ce
qui vient à l'esprit.
Na: Par contre je me souviens
pratiquement de tout au niveau actes proprement dit, j'ai juste
eu du mal chronologiquement à dire par exemple des âges... des
actes des périodes où ça s'est passé. Grâce aux lieux où ça
s'est passé, c'est ma mère qui a pu reconstituer en fait, les
dates auxquelles ça s'est passé et qui a pu me re-situer donc un
âge, parce que moi j'avais du mal quand même à dire à quel âge
que ça c'était vraiment passé.
I: C'était bien ce qu'elle a
fait ta maman, c'est bien à chaque fois que tu racontes .... Je me
dis ça parce que la mienne est incapable de faire ça, c'est le
blocage et on n'avance pas.
S: C'est qui la mienne?
Is: Ma
mère
S: Ah d'accord, pardon
Is: Je vais évoquer quelque chose
que ma mère a fait récemment, un truc c'est hallucinant
c'est-à-dire qu'elle a écrit, fait un tableau chronologique des
évènements de la famille, donc c'est après la parole et donc
c'est presque pire que de ne rien dire parce qu'elle s'est
débrouillée pour tout sauter ce qui était important. C'est que
d'abord, elle a fait commencer ce tableau à ma naissance et non
pas au mariage avec mon père, alors qu'il n'était pas pour moi,
c'est pour elle qu'elle a fait ça parce qu'elle me dit en
vieillissant j'ai peur d'oublier des choses donc
malheureusement, on vieillit mal on oublie toujours autant de
choses et donc elle a fait un tableau. Elle a mis ma date de
naissance comme départ, or en effet apparemment mes parents sont
mariés parce que ma mère m'attendait, mais déjà c'est pas dit.
Il n'y a pas sa date de mariage ni rien, il y a ma date de
naissance. A partir de là, tout découle de... déjà ça m'a donné
l'impression que c'était moi qui portait justement l'histoire
familiale, il n'y avait rien avant et puis ça a commencé à ma
naissance, après la naissance de mon frère et puis donc des
déménagements, les morts des grands parents par exemple des
choses importantes, donc sur le moment ça m'a énormément
choquée. Elle m'a amené ça en me disant ça t'intéresse... son père
à elle travaillait sur la généalogie, donc faisait des arbres
généalogiques, donc elle s'inscrivait là dedans. Il y avait un
truc très paradoxal, l'idée de raconter en effet une histoire
sans jamais rien raconter d'essentiel puisqu'elle a sauté plein
de choses, c'est-à-dire qu'elle a même mis les concours que j'ai
réussis. Mais dans mon parcours professionnel, elle mettait des
points d'interrogations je voyais toutes les périodes où j'avais
eu des problèmes, j'ai été en dépression, j'ai été arrêtée, ça
n'y était pas. Elle m'a dit: «est-ce que tu veux compléter»,
donc j'ai complété ça, parce qu'elle faisait comme si je
travaillais... , enfin elle se débrouillait, c'était bizarrement
fait, ça a sauté, on avait l'impression que j'avais passé
l'agrégation puis enseigné, puis que je m'étais mariée et puis
divorcée, ça elle l'avait mis, puis remariée, mes enfants et
tout. Il y a deux ans, je ne travaillais pas parce que là souci...
enfin tout ce qui pouvait être gênant était gommé, donc c'était
très angoissant. Par contre ça m'a quand même servi, je l'ai
gardé parce qu'elle me l'avait donné par formulaire internet ou
je ne sais pas, je l'ai enregistré parce que je me suis rendu
compte que moi ça me permettait de réécrire justement, je
pensais aux histoires de dates et je lui dis du coup après que
ce qu'elle m'avait donné en me disant qu'on avait passé des
vacances jusqu'à telle année à la montagne, donc je me rappelais
des actes incestueux de mon père notamment ....très concentrés sur
cet endroit là où il avait la possibilité d'être seul avec nous.
Moi, je pensais que c'était beaucoup plus tard et du coup
d'après sa chronologie et ça elle en était sûre si il y avait
des histoires de réservations. Après mes douze ans on est plus
jamais retournés là bas. Je lui dis, déjà parce que mon père ...
visiblement parce que moi j'ai parlé du coup ... tout en restant
avec lui, elle lui a posé des questions, il lui a dit: ce
n'était plus l'adolescence, enfin il a tout minimisé.
Effectivement pour lui plus j'étais grande, moins c'était grave
et donc j'ai dit bien ...là forcément c'est bien avant douze ans
puisque on n'allait plus là bas. Parce que les souvenirs des
lieux c'était très précis, les dialogues, mais par contre moi
j'étais persuadée ... parce que lui me l'avait raconté, donc on
m'a raconté des choses fausses, parce que lui me l'avait raconté
donc j'étais persuadée que j'avais plutôt treize, quatorze ans,
c'était plus tard.
S: Mais alors pourquoi à votre avis ça a
commencé à partir de vous l'arbre généalogique?
Is : L'arbre
généalogique, celui de mon grand-père monte très haut, mais son
récit parce que je n'arrive pas encore à me le raconter, mais je
pense qu'il y a quelque chose dans ma famille. Si j'ai été
victime de mon père, je pense qu'il y a bizarrement mes parents,
c'est un tout petit cercle familial, ma mère a un frère. Enfin
il y avait l'idée qu'on existait qu'à partir de ce qu'ils ont
fait avec nous, il n'y a jamais eu, il ne disait jamais: moi
j'ai été élevé comme ça, vous on fait ça, il n'y avait jamais de
choix, mon père me disait: ça sert à rien de comparer, les
enfants n'aiment jamais la façon dont on les élève, donc il y
avait l'idée que c'était absolu que ce qu'il se passait, il n'y
avait pas de passé et en plus je crois que si ça a commencé
comme ça ... enfin je l'ai souvent ressenti comme ça et je pense
par exemple la culpabilité elle a beaucoup reposé la dessus,
j'ai l'impression que la cellule familiale n'existait que par
moi. Le fait qu'on m'ait toujours raconté alors qu'il y avait
des secrets que mes parents m'ont toujours racontés très
complaisamment ... qu'ils s'étaient mariés parce que ils
m'attendaient sous-entendant qu'ils s'aimaient beaucoup que je
leur ai quand même offert des trucs assez sentimentaux, fleur
bleue, mais il y avait quand même l'idée que c'était des trucs,
tu étais en route et il avait bien fallu que ... et tout voilà,
Donc il y avait cette idée que toute notre histoire c'est-à-dire
leur mariage, moi, puis la naissance de mon frère, ça a démarrer
à partir de moi en effet, que leur couple n'existait que, et
j'ai eu plein de relais là-dessus, mon père me disant que je
maintenais ....l'époque des abus que grâce à moi, il avait dit je
ne sais pas comment, je sauvais la famille, ... Enfin de sa façon,
parce que si il ne m'avait pas eu, il aurait eu sans doute des
relations extra -conjugales et que donc ça aurait été un
éclatement de la famille. Il y avait des trucs hallucinants
comme ça, et je m'en rappelle d'ailleurs quand il m'avait dit
ça, j'étais restée, je me vois encore j'étais dans la salle de
bain j'avais une sensation de glaciation intérieure quand il m'a
dit ça, des trucs comme, j'étais là, je ne disais rien. Et,
j'avais l'impression, je n'ai pas beaucoup de souvenirs de
sentiment à l'époque, parce que je pense que je me coupais de
mes sentiments... Par contre là justement il était en train de me
toucher, c'était après ou avant je n'en sais rien et il me
disait ça, ....d'un certain côté, voilà je vois ... la phrase d'un
coup « tu rends service à la famille» et je me rappelle
d'être... d'avoir une impression de me transformer en glace quoi,
d'être remplie de glace, j'étais là, j'essayais de ne pas
trembler parce qu'il ne fallait jamais que je montre, d'ailleurs
j'étais nue, d'ailleurs j'avais toujours l'impression que ça
perturbait mes parents que je sois malheureuse, que je pleure,
donc je ne pleurais pas, j'étais toujours souriante, et là, même
là, j'ai en même temps cette impression qu'ils me mettaient
quelque chose dessus, en bref voilà je dois m'occuper de tout ...
que mes parents restent ensemble. Puis la dernière chose je
voulais dire c'était qu'il y avait aussi une histoire
d'avortement qui est sortie, comment apprendre les choses,
comment on apprenait notre histoire, mais c'est vrai que d'un
compliqué pour avoir, moi j'ai su parce que j'avais parlé avec
ma mère, mon frère m'a dit qu'elle lui avait raconté après ça,
que elle se sentait coupable parce que comme elle avait été...
après elle avait moi... , mon frère trois ans ... après et
qu'ensuite elle était retombée enceinte et que mon père l'avait
forcée à avorter, il l'avait emmenée en Suisse puisque ce
n'était pas encore légal en France, il l'avait forcée à avorter,
elle ne voulait pas utiliser aucune contraception ... sauf
justement ce qu'il utilisait qui a fait qu'elle a été enceinte...
d'une contraception de vérifier des dates ... des choses comme ça
... Elle avait refusé en partir de là d'avoir toute relation
sexuelle avec lui et que donc elle pensait que ça concordait en
terme de date, c'est-à-dire qu'il s'était rabattu sur moi,
«étant donné qu'il n'avait plus de femme à proprement parler»,
mais ça elle ne me l'avait jamais... je comprends qu'elle ait du
mal à me le dire ... parce que je pense que c'est assez dur à
dire, d'ailleurs je pense qu'elle a pris conscience d'un nombre
de choses.... Depuis elle doit se rendre compte que ce n'est peut
pas une histoire très facile, mais par contre pourquoi est-ce
qu'elle a été raconter ça, à mon frère, pour qui ce n'est pas
très facile à porter, il se retrouve témoin de cette histoire
d'avortement tout ça ... comme, en plus pour dédouaner une fois de
plus mon père parce que présent. Donc voilà cette histoire là je
l'ai su parce que et c'est pareil pour la vie de mon père, le
fait qu'il n'est pas eu vraiment de mère, enfin des choses comme
ça. C'est dernièrement posant des questions à ma mère, en
réalisant qu'il y avait des choses incompatibles dans les petits
récits qu'il faisait de son enfance mais en fait sa mère, elle
est morte quand? Quand il avait cinq ans ... mais pourquoi tu
nous dis d'un coup? pourquoi il nous racontait qu'il avait une
nourrice? et en fait c'est parce que son père avait fait un
enfant à une femme en Roumanie et puis il a pris mon père, il a
pris l'enfant avec lui, je ne sais pas quand il a fait, il a
laissé la femme et il est parti. Donc des choses, quand même qui
à mon avis ont joué sur sa psychologie, on parlait tout à
l'heure de développement psychique, il a dû être très perturbé,
mais ça n'a jamais été raconté çà.
S: Donc c'est des histoires
en fait inscrites dans d'autres histoires mais sans qu'il y ait
vraiment un début du récit?
Is: Ce roman là qui pourrait être
un roman parce que c'est vrai qu'il y a des péripéties,
justement car il a des choses assez incroyables... Mais ça n'a
jamais été raconté tel quel, il faut qu'on fasse un peu si on
veut le faire comme des espèces de recherches historiques
familiale pour essayer de savoir un peu qui était? Qui a fait
quoi? Moi qui ai vécu quoi?
S: D'accord
I: Et c'est ton papa
qui a été enlevé de Roumanie?
Is: Oui, non... pas de Roumanie,
mais enfin il a été enlevé à sa mère, enfin enlevé, mon père ne
me l'a jamais dit comme ça,... enfin apparemment il considère que
son père avait envie d'avoir, son conseil, c'est qu'il
s'occuperait mieux d'un enfant que cette femme qui n'avait servi
qu'à... alors ma mère en plus doit savoir des choses, elle me
dit: oui, je crois que ça s'est passé sur une table de cuisine
comme ça. Enfin comment elle sait comment a été conçu mon père,
c'est vraiment, mais voilà,... Mon grand-père continuait à vivre
en Roumanie, s'est remarié, a divorcé avec cette femme, s'est
remarié, mon père a été élevé par quatre femmes successives,
enfin pas quatre, trois puisque la première c'était sa mère, en
fait quand elle est morte, mon père ne l'a en fait jamais connue
en tant que mère. Et ça par exemple on ne nous l'a jamais
raconté, alors qu'il n'était pas avare en confidences, ce
n'était pas je ne vous raconte pas le passé parce que c'est trop
dur à raconter, c'était un tas d'anecdotes, mais en général
drôles, des choses amusantes qui sont arrivées, burlesques tout
ça dans son enfance en Roumanie. Enfin il ne disait pas mon
passé est trop dur ou quoi, c'était au contraire, tout était
très clair. Il n'y avait pas d'histoires quoi, rien à raconter.
Donc ça revient sur ça. Conversations superposéesdifficilement
audibles :... non ce n'est pas grave.... ¸‡a s'est très bien passé,
mais contre le conscient.... Ah oui d'accord... Oui mais
l'appellerai, j'appellerai, je verrai qu'avec mon directeur de
recherche on en discutera ... Si tu veux peut-être que je te
donnerai des coordonnées ... Oui bien sûr il n'y a pas de
problème, je suis là pour, c'est dommage que ce soit interdit
M: Mais continuons, on était parti sur le roman familial.
Quelqu'un arrive en retard[ C'était un peu gênant puisque la
séance avait commencé depuis un certain temps d'arriver en
retard... c'est embêtant.
S: Bien sûr, Is a soulevé quelque
chose, ce qui a été assez intéressant, c'est qu'elle disait que
finalement il y avait plein d'histoires qui s'inscrivaient
quelque part dans une sorte d'histoire, mais sans qu'il y ait
réellement d'histoire. Si je l'utilisais comme ça le terme un
peu histoire, enfin c'est le sentiment que... ... C'est la méthode
de puzzle, de patchwork
K: Depuis le début, quand tu dis
fragmenter le roman familial, j'ai l'impression d'être dans un
puzzle, enfin j'ai l'impression que j'ai deux histoires. Il y a
une histoire parce que moi j'ai vachement, et j'ai beaucoup,
beaucoup occulté les faits, je m'en suis rappelée, j'ai commencé
à me rappeler j'avais 16 / 17 ans A partir de ce moment là j'ai
eu énormément du mal à me croire, je pense comme beaucoup de
personnes qui ont vécu l'inceste, et à partir de ce moment là
c'est un peu comme si toute l'histoire de ma famille, a éclaté,
ça devenait voilà... Depuis cet âge-là, j'ai fait tant bien que
mal de reconstituer un puzzle avec tous les problèmes qui vont
avec.... Déjà je pense que tout le monde, la plupart sont dans le
déni, non ce n'est même pas dans le déni, c'est parce que il y a
ceux qui sont dans le déni. Il y a ceux veulent bien croire,
mais qui amenuisent constamment les difficultés du viol et de
ses conséquences, donc ceux qui s‘évoquent, donc tu l'as dit
maintenant on passe à autre chose. Il y a ceux refusent tous
simplement d'accepter que ça ait eu lieu parce que je pense que
c'est plus facile aussi de dire que ça n'a jamais existé et que
c'est nous qui sommes des menteurs donc ça, voilà. Et je me
rends compte que moi dans ma famille quand j'ai essayé un petit
peu c'est pareil. Enfin, moi mes parents autant je sais quand
ils se sont mariés, je sais qu'ils ont eu une vie pendant trois
ans avant de m'avoir, c'est moi l'aînée, après j'ai deux petites
sœurs, autant j'ai l'impression que tout ce qu'ils ont vécu eux
dans leur enfance et leur adolescence, avant de se connaître
avant de se marier, ça n'existe pas. Et mes grands-parents, mes
cousins, enfin c'est pareil, je n'ai pas l'impression... je n'ai
pas l'impression qu'ils existent, oui qu'ils ont eu une
existence en dehors de la famille, c'est comme si on sait très
peu de choses, je sais des choses parce que voilà par bribes en
discutant... Ma grand-mère a travaillé quelques mois à la poste,
mon grand-père a été effectivement dans l'armée que visiblement
son boulot c'était plus ou moins électricien sur les navires,
mais même ça c'est pas très clair. C'est comme si leur histoire
commençait au moment où moi, j'ai eu quelques connaissances,
enfin je commence à comprendre ce que l'on me dit, dans les
conversations d'adultes j'arrive à pouvoir savoir ça... où sinon
ils ne se racontent pas du tout, c'est tout planqué, c'est des
non dits, il n'y a pas d'histoire de toute façon, il y a
toujours dans cette famille-là, ça a toujours été de toute façon
ce qui se passe à la maison, cela ne regarde personne à
l'extérieur, et de toute façon, il y avait ce sentiment de
toujours être mieux que les autres. Dans ma famille, enfin, moi
mes abuseurs se sont mes cousins, mon grand-père de façon on va
dire assez de prima incestuelle, et mon père, mais c'est d'abord
les hommes qui dominent dans notre famille et puis c'est ce
côté-là oui... dans le sens où ce n‘est pas la peine d'aller voir
ailleurs, de toute façon, ce qu'il y a ici c'est très bien, le
reste, la norme c'est non, ce sont les autres qui ont des
soucis.
S: Donc l'extérieur est un danger en fait ?
K: Ben ce
n'est même pas un danger... ce n'est même pas un danger, c'est pas
du tout un danger, c'est l'extérieur c'est «nul», c'est plus
ça. On est dessus de toute façon, mon père, mon grand-père, mes
cousins ça a toujours été: «la Loi c'est nous, on s'assoit sur
la Loi et c'est nous qui avons raison»
S: Qu'est-ce que vous
en faites du fait qu'ils vous disent que c'est eux, la Loi?
K:
Et bien moi pendant longtemps, encore maintenant j'ai une sorte
de paralysie sur pas mal de choses et tout, même si maintenant
après je me débloque. Par contre je suis très en réaction..,
c'est vrai que je me bats pour ça et même si j'ai encore
beaucoup de mal, par contre je suis en très grande violence sur
ça, bon là «je ne suis pas d'accord avec c'est pas toi, il y a
des règles que tu le veuilles ou non» Et j'ai appris - , alors
après parce que j'ai eu la chance d'avoir ma mère qui a tempéré
énormément, qui a essayé de me laisser sortir, de me comprendre
et tout - que les normes ne sont pas celles qu'ils ont voulu
imposer, mais je suis écartelée entre cette espèce de syndrome
de paralysie parce que il y a cette peur enfantine, de voilà,
d'agression qui est encore là et en même temps de conscientiser
en temps qu'adulte que un déjà non la Loi c'est pas eux, que
deux ce qu'ils ont fait c'est pas normal et que je ne suis plus
sous le toit, je ne suis plus sous cette emprise puisque j'ai
coupé «les ponts» et en même temps, c'est comme si les liens,
cette espèce de lien d'emprise qui continue, je n'en veux plus.
Donc, c'est ça les conséquences... mais beaucoup de violence de
comportement assez violents... soit de paralysie pendant plusieurs
semaines soit de comportements violents mais déplacés pas
forcément sur les bonnes personnes.
S: Mais qu'est vous appelez
paralysie?
K: De ne rien faire.
S: Vous ne faites rien?
K:
Pas, de rien faire, on fait des choses, on mange... on s'alimente...
on va travailler et tout, mais c'est...
S: S'inhiber soit même?
K: Oui, c'est un peu l'impression de flottement, c'est ton
corps qui le fait, mais ton esprit il n'est pas vraiment là,
t'es un peu déconnectée. Moi enfin des fois j'ai un peu
l'impression d'être un peu disparue à moi-même et je le fais
parce qu'il faut le faire, enfin c'est un peu mécanique, c'est
de l'ordre de la... mais le sentiment de conscience de vivre la
chose à fond elle n'est pas vraiment là. Il y a des fois une
espèce de paralysie comme ça, où il y a des choses qu'il
faudrait que je fasse, je ne les fais pas. Je vais faire autre
chose, je vais bouquiner, des fois les heures, je ne sais pas ce
que je fais, il y a par exemple trois heures, enfin si je sais
ce que je fais, je suis chez moi, mais trois heures ça peut
passer comme trois minutes.
S: Et alors pendant ces heures,
vous avez l'impression, qu'est-ce qui se passe, si vous me dites
qu'elles passent qu'en 3 minutes?
K: Ben rien, je ne sais pas,
je me ...
S: L'absence.
Na: J'ai l'impression de m'abstraire de
la réalité, ou d'être anesthésiée et je ne sais pas comment
dire. ... Moi j'ai l'impression d'être disparue de mon rêve...On va
essayer de parler à chacun son tour parce là que après on entend
plus rien, quand il y tout le monde c'est le brouhaha
S: C'est
clair ça interpelle en même temps Moi j'ai entendu paralysie,
absence, de soi-même, mais abstrait aussi Elle s'abstrait de soi
tu veux dire? ... Oui, c'est ça
M: Oui, je voulais dire juste un
mot là, par rapport à tout ça, c'est.... j'ai toujours eu
l'impression d'être à côté de mes pompes. Oui c'est ça je pense,
disparue à moi-même, «être à côté de ses pompes»... Je pense que
c'est ça, ce n'est pas tout le temps, ce n'est pas 24 h sur 24 h
pendant des mois, des semaines, tout ça, mais se sont des
moments ponctuels parce que voilà.
S: ¸‡a serait un côté de son
corps alors, Si on dit ses pompes, est-ce qu'on peut dire de son
corps? Validation de tous.
M: Ou alors à côté de sa tête? Si
vous aviez à choisir, ce serait quoi? Moi de son corps...
Validation de toutes, sauf N
N: Moi au bout du compte, j'avais
rencontré... J'avais demandé au groupe de paroles, en fait, il y
avait des gens, beaucoup en fait, disaient qu'ils avaient
l'impression d'être à côté leur corps ou je ne sais pas quoi,
moi je n'ai jamais cette impression là, et j'avais été un peu
surpris
S: Mais ... Pourquoi? Ce serait quoi?
N: He bien je ne
sais pas, ça m'avait un peu surpris, tout le monde en fait dans
la salle disait, qu'ils avaient l'impression d'être en retrait
de leur corps ou je ne sais pas quoi, mais moi ce n'est pas, non
c'est plus vaste
Is : Oui, moi Je pense qu'on peut le dire, je
ne rappelle pas l'avoir dit comme ça... On fait mécaniquement des
choses et qu'on se rappelle pas, ça revient un petit peu, à
l'histoire du récit, c'est-à-dire, on serait incapable de
raconter ce que l'on a fait pendant ces 3 heures-là.
S :
D'accord... donc le récit, quel lien vous feriez entre «à côté de
son corps» et le récit?
Is: C'est justement, le corps
continue à exister. Il y a l'histoire qui parlait aussi en
parallèle, en fait il y a des tas de choses parallèles,
c'est-à-dire qu'il y a les souvenirs oui, puis il a, on vit, on
fait des choses, mais en même temps on ne se raconte pas, je ne
sais pas, ça, et il y une coupure ... dans le temps aussi.
S:
Mais, il n'y a pas de conscience je pense. Il y une conscience
bien sûr, mais ce n'est pas... c'est plus de l'ordre du mécanique.
Moi je pense que quand vous faites quelque chose,
majoritairement, vous conscientisez ce que vous êtes en train de
faire dans le sens où vous savez très bien que vous êtes en
train que là vous êtes en train de manger, vous voyez bien.
K:
A un moment donné, je pense que, enfin moi pour moi en tout cas
je ne veux pas généraliser, mais par exemple si je vais manger
parce que pense que c'est mécanique, c'est le moment, il faut le
faire parce que mon corps le réclame, mais par contre mon esprit
il est clairement ailleurs, ça va être effectivement, il suffit
qu'il y ait quelque chose, alors ça peut être parfois des flashs
de ce qu'il m'est arrivé, mais comme des fois, ça peut être,
c'est même pas conscient, c'est que je ne réfléchis pas, je
pense que à un moment donné je suis quelque part, maintenant, je
n'arrive pas à mettre le doigt où exactement quoi. Mais en tout
cas c'est carrément sur le moment présent, par exemple je suis
en train de manger ou je suis en train de travailler, mon esprit
n'est pas clairement au bon moment avec mon corps, il n'y pas de
connexion qui irait alors que je pense... que, et c'est pour ça,
on m'a souvent définie à l'école notamment, je m'en rappelle sur
les bulletins d'appréciation, comme quelqu'un étant de rêveuse,
on disait: «ah elle est dans la lune tout le temps», on m'a
toujours dit ça dans ma famille, elle est rêveuse, elle n'est
pas là. Et pourtant je rêve, enfin si j'ai des rêves comme tout
le monde, mais je suis pas particulièrement ... voilà rêveuse,
c'est dans ce sens là, enfin c'est vraiment la déconnexion entre
le corps, effectivement je suis... c'est pour ça j'ai le sentiment
d'être un peu disparue à moi-même, ... de paralysie dans le sens
où il y a des choses que je dois mettre en action... que je fasse
je le sais pertinemment, mais c'est très difficile, ça m'est
très difficile.
S: Alors quel lien on pourrait faire tous
ensemble sur le fait de ces moments d'absence et sur le récit?
L'histoire familiale, si on pouvait faire un lien ça serait
lequel de se dire: «voilà j'ai des moments d'absence, si à un
moment donné où je ne suis plus là», quel lien pourrait-on
faire avec l'histoire familiale, son histoire aussi? ça serait
quoi le lien finalement? Est ce qu'il y aurait un lien? C'est
la question que je vous pose finalement, est- ce qu'il y a un
lien avec ce moment d'absence, cette rupture et l'histoire?
K:
Oui, c'est le fait, finalement, que c'est une histoire à trou et
que l'on a du mal à recomposer les éléments de l'histoire parce
que les évènements sont trop brutaux. Effectivement peut-être
que les moments d'absence sont aussi des moments de survie où
l'on fait un peu abstraction de ce qui s'est passé pour
continuer mieux à vivre, alors comment fait-on pour continuer à
vivre comme ça, eh bien on est dans le vide, moi c'est un peu
l'impression que j'ai donc par rapport à... et bien voilà.
S:
Alors, une histoire à trou?
I : Une histoire à trou, cela veut
dire quand il y a un viol qui est perpétré, quand il y a une
agression qui est perpétrée, il y a un impact sur le
comportement de la personne, je veux dire, on est impactée ça
nous change, mais comme enfin, moi je n'ai pas été capable de
m'en souvenir de me mettre face à ça, je me suis changée, mais
finalement mon changement je ne pas d'où il vient, si je
n'arrive pas à me souvenir de mettre en face ce qui s'est passé,
donc finalement je suis étrangère à moi-même, je laisse des
absences. Après il y a un tas de choses qui sont vraiment un
petit peu handicapantes pour évoluer.
N: La question le
rapport, c'était le lien entre... ?
S: La question que vous vous
posez, c'était ce que je me demandais si en vous écoutant... il y
avait un lien entre le roman familial... finalement, l'histoire de
la famille qui n'est pas racontée ou ce que vous dites à trou et
ces moments de vide?
N: Oui en fait, pour moi c'est assez
facile à expliquer... C'est très dur d'être dans le présent, ici
et maintenant tout en supportant toute la charge de mon passé
qui est énorme. Comme là par exemple, là autour de la table,
j'ai quand même beaucoup de mal à me concentrer sur ce que
disait I. Enfin, parce que il y a plein de choses de mon passé
qui me reviennent et il faut être hyper ... enfin, il faut être
assez fort pour faire face à ce passé. Je ne sais pas si je suis
clair.
S: Oui, oui, je comprends, je me demandais en vous
écoutant si vous aimeriez finalement par exemple qu'un de vos
parents vous raconte l'histoire de la famille qui n'a pas été
faite... qui n'a pas été dite par rapport à ce je vous avais dit?
N: Dans ma famille, c'est un peu spécial parce qu'il n'y
personne à sauver ils m'ont tous presque abusé. Moi j'aimerai
bien qu'ils me racontent, mais enfin, il faudrait que...
S: Ou
que quelqu'un vous raconte l'histoire? ... : Moi, j'ai
l'impression que si quelqu'un me raconte l'histoire dans ma
famille, ça ne sera jamais la mienne, ça sera toujours
l'histoire de quelqu'un d'autre, elle ne ressemble en rien à
l'histoire telle que je l'ai vécue. Je m'entends très bien avec
ma sœur, on est assez proche justement en terme d'abus etc...
parce qu'elle a très bien sentie pas mal de choses, mais j'ai
l'impression que dans le cadre du roman familial, chacun à son
point de vue très personnel et quand on s'absente justement,
c'est peut-être là, justement qu'on retrouve la place qu'on
avait avant. Alors, c'est un peu compliqué...
S: Je vous suis
parfaitement. ... Ah bon.
S : Oui, continuez.
V: C'est-à-dire que
moi j'ai l'impression d'avoir, comment dire, là je ne sais plus
du coup.
S: Qu'est-ce que vous voulez dire, si je peux me
permettre de vous aider, dans ces moments de vide vous
reconstruisez une autre histoire?
V: Oui, je la revis,
c'est-à-dire je me reconnecte quelque part à ce qui est vraiment
réel, bon ce n'est vraiment pas de l'absence, ces moments-là
d'absence sont vraiment les moments à ne pas occulter, c'est
vraiment des moments très importants où il se passe des choses...
qu'il faut capter justement. Ce n'est pas clair.
S: Si c'est
clair parce que... pourquoi au début je vous ai dit roman familial
qu'est-ce que ça vous évoquait à tous, et en fait le roman
familial, un peu comme ça dans la théorie et ce qu'on en fait
psychologiquement. Ce sont les enfants qui ont besoin de
reconstruire d'autres parents, d'avoir des parents, mon père ce
héros. Vous voyez, le fait de reconstruire alors quand on n'a
pas été victime d'inceste. Je me posais la question dans
l'inceste comment est-ce que vous avez imaginé d'autres parents,
fantasmé d'autres parents, est-ce que vous vous êtes imaginé une
autre famille, une autre histoire est-ce que ça, ça été
possible.
V: Inconsciemment mais c'est très dangereux.
S:
Pourquoi c'est très dangereux?
I: De s'imaginer, enfin, vivre
tout le tant avec le déni qui nous accompagne, c'est très
facile, après de glisser entre «j'aimerai bien avoir d'autres
parents» et mes parents n'ont pas été tels que j'ai cru qu'ils
étaient, ça crée à mon avis... c'est psychologiquement dangereux.
S: Pourtant les enfants le font, c'est-à-dire, on se
reconstruit tous, des histoires quand on est enfant. On
s'invente que l'on a un père qui est ceci, qui est cela, alors
que ce n'est pas forcément la réalité. C'est-à-dire que les
enfants se font des sortes de fantasmes comme ça... qui sont
inconscients et qui sont justement une barrière à l'inceste.
C'est une barrière contre les vrais parents finalement. Les
parents biologiques, les parents aimants... Et je me demandais au
niveau du fantasme, qu'est ce que l'inceste avait comme impact
dans la construction imaginaire?
K: Eh bien moi, enfin, je ne
m'en rappelle plus trop... Effectivement je pense que petite fille
que je fantasmais peut-être effectivement comme vous dites sur
d'autres modèles parentaux. J'ai un peu de mal à me rappeler. ,
en ce qui concerne par contre maintenant, et fin de
l'adolescence quand j'ai vraiment commencé à me souvenir... Moi
c'est un peu en inverse, c'est que je me bats un petit peu pour
me dire que ce que j'ai vécu c'est pas la norme, enfin c'est
très bête, mais quand je peux entrer longtemps... A chaque fois
que dans des familles... toutes les familles ont des problèmes,
parce que personne n'est parfait, enfin on va dire des problèmes
beaucoup moins graves, moi ça me faisait chialer, j'avais un peu
l'impression que c'était eux enfin... ça me faisait chialer pour
deux choses que... un, déjà je n'avais pas l'habitude de ça et
j'avais un peu l'impression comme la petite fille qu'on colle
pour la première fois, je ne sais pas devant une étagère de
bonbons qu'elle n'a jamais vue et puis voilà la joie qu'on peut
ressentir et ... en même temps un sentiment de enfin ça faisait un
peu bizarre parce que je n'avais pas l'impression, ça me
semblait pas tangible, ça ne me semblait pas réel quoi... ça me
semblait pas réel, je me dis non ce n'est pas possible enfin
c'est trop beau pour être vrai quoi, il y a forcément un truc,
c'était quelque chose qui pour moi qui entre guillemets... qui
n'est pas de l'ordre de normal mais si je sais maintenant c'est
normal oui la norme c'est «machin»... c'est comme ça, c'€˜est très
difficile, parce que ça veut dire aussi que reconnaître si que
la majorité des gens ont une vie de famille... on va dire ... à peu
près correcte avec des vieux respects, des valeurs, tout ça
enfin des choses qui sont normales. ça veut dire aussi
reconnaître que la mienne avait des graves dysfonctionnements
qui avaient des conséquences... Après, je pense, enfin les
fantasmes c'est reconnaître que sa propre famille à des graves
dysfonctionnements et que... par conséquent ça vous implique aussi
vous, c'est reconnaître que avez aussi vous des choses qui ont
des comportements qui forcément ont de conséquences et qui ne
vont pas ... et après il faut être prête aussi à l'accepter à
travailler dessus. Moi j'ai mis du temps, maintenant je
l'accepte, mais maintenant c'est vrai que je suis toujours, je
suis biaisée, c'est-à-dire... On a parlé à un moment donné dans
un groupe de paroles... j'ai toujours tendance quand je vois dans
la rue, quand il y a une différence d'âge notamment moi, parce
que je suis une femme et que l'agresseur était des hommes, mais
des hommes adultes avec des jeunes filles, des petites filles,
ça me gène toujours, dès qu'il y a un rapport trop affectif, je
suis biaisée par rapport à ça et je suis obligée de me raisonner
en disant: non arrête de t'imaginer! parce que ça me renvoie à
ce que j'ai subi, donc j'ai toujours... même dans les familles,
quand je vois un grand-père, enfin la famille avec quand, enfin
je suis toute seule à l'heure actuelle. Mais quand j'étais avec
mes ex à chaque fois dans leur famille il y avait le grand-père
avec la petite-fille ou même le petit-fils quand il y avait des
différences de générations comme ça qui étaient normales, il
câlinait, il s'occupait, il jouait, enfin rien de... enfin
finalement comme dans toutes les familles. J'étais super mal.
J'avais toujours cette notion de danger.
S: Est-ce que ...Quand
on est enfant on s'imagine un peu, on croit beaucoup de choses,
il y a beaucoup de rêves comme ça, quand on est une petite fille
ou un petit garçon, si vous aviez ce souvenir par rapport aux
rêves, aux fantasmes, en tout cas on va dire plutôt aux rêves
quand on est enfant, ça serait ...
M: Oui, j'ai tout à fait vécu
ça, et j'imaginais, moi mon... et ce qui m'a donné une force dont
j'ai pris conscience après coup, c'est que ma seule envie
effectivement j'aurais voulu avoir bien d'autres parents, être
complètement éloignée de cette famille, mais sans vraiment
savoir à ce moment là pourquoi... Mon rêve c'était... j'aurais pu
aller au lycée en 6ème à dix ans et mon rêve c'était d'être
interne, j'aurais été heureuse. Quand j'entends maintenant les
menaces: si t'es pas sage tu iras en pension, moi je me disais
quelle chance. Ma mère a dit non c'est trop cher, on n'a pas les
moyens, et puis t'es trop jeune pour partir, enfin bref, j'ai
attendu onze ans, et puis après j'ai été quand même
demi-pensionnaire, et en fait bon, je n'ai pas été abusée par
mon père, mais j'ai été abusée par mon beau-frère, à ce moment
là il venait de se marier, je mélange un peu trop les dates, je
me suis dis... il prenait le repas, enfin ma sœur et son mari
prenaient le repas à la maison, donc je les voyais tous les
soirs et moi mon rêve c'était de vraiment partir ... et c'est
quelque chose que j'ai toujours eu en moi, c'est de partir
justement ça m'a donné la force nécessaire pour partir. Et
maintenant en ce qui concerne le Roman familial, moi j'arrive à
un stade où je suis maintenant la seule dans ma fratrie et j'ai
envie de transmettre un Roman Familial pour mes enfants, déjà
mes enfants savent des choses, et puis pour mes neveux, nièces,
enfin bon à certains j'ai dit, mais en même temps mon idée,
c'est, enfin c'était une illusion, moi je peux dire ma vérité.
Maintenant disons que les gens sont morts, donc je n'ai plus de
risques on va dire ça comme ça de toute cette génération et du
passé, il n'y a plus personne donc, mais j'ai envie de dire
parce que... pour stopper là... parce que je ne sais pas ce qui
s'est passé... enfin je ne sais pas ce qui se passe autour de moi
dans ma famille, donc c'est pour stopper et donc j'ai envie de
faire un Roman Familial. Donc il y a effectivement plein de
trous que c'était une famille on l'on ne disait rien, et tout ce
que j'ai pu découvrir, je l'ai fait après moi-même enfin bon en
cherchant dans les archives enfin bon j'ai trouvé des choses et
mon roman Familial je pense que, j'espère y arriver mais ce sera
une fiction, tant pis si je l'invente, ce n'est pas grave, parce
que de toute façon la vérité je ne la saurai jamais, je ne peux
faire que des hypothèses et compte tenu des comportements d'un
tas de choses, je vais faire plein d'hypothèses et je me dis... je
crois qu'on est en plein dans une famille incestueuse ... Il y a
sûrement eu des répétitions de génération en génération. Il y a
des trucs bizarres, mais bon je ne sais pas, c'est-à-dire il y a
des gens qui ont été exclus de la famille, alors est-ce que ils
ont été exclus de la famille ou ils se sont exclus on ne sait
jamais trop, notamment une sœur de mon père, qu'est-ce qui s'est
passé, etc.; etc. ... Donc là, j'ai envie d'essayer de trouver
quelque chose qui aurait un sens, la vérité ce ne sera sûrement
pas la vérité, ce sera un roman vu par moi, mais j'ai besoin de
le faire, c'est un peu comme si c'était ma mission quoi... ma
mission.
S: Et alors quand vous parliez de fiction, est-ce que
vous aviez l'impression quand vous étiez enfant que vous aviez
cette possibilité ou est-ce que l'inceste a quelque part ...
M:
Je ne savais ce que ça existait
S: La fiction, vous savez quand
on est enfant, on s'imagine plein de choses, on construit plein
de choses, on est un peu tout seul dans son coin, on rêve ...
M:
Ah oui, ça j'aimais bien et puis j'aimais lire aussi, donc je
vivais dans mes romans quoi....
S: D'accord
M: Donc ceci dit je
n'étais pas consciente que, pour moi je croyais que... après j'ai
senti que je n'étais pas normale mais ne pensais pas que ce
n'était pas la famille qui dysfonctionnait. Je croyais que ça
venait de moi, j'ai été longtemps coupable en pensant que
c'était moi la responsable.
S: Comment vous ressentiez le
sentiment d'anormalité?
M: Toute ma vie j'ai pensé que je
n'étais pas normale. Et j'ai voulu faire à un moment une thèse
justement sur la normalité et alors ça je me suis plantée à fond
la dedans, comme je faisais... Je suis professeur de biologie,
donc j'aime bien la génétique, et la génétique c'est la science
du «tous semblables, tous différents», j'aime bien ces
oppositions!
S: L'ambivalence
M: L'ambivalence, oui
l'ambivalence, je ne sais plus ce que je voulais dire ...
S: Que
vous vouliez faire une thèse sur la normalité
M: Ah oui, donc
c'était ça s'était transformé... ah oui en DEA c'était ça... «en
quoi le concept de normalité peut-il aider une éducation à la
santé», voilà c'était ça mon truc. Bon là j'avais travaillé sur
les bouquins de classe etc... Bon ça avait été, mais alors après
c'était passé,... c'était «l'analyse et les difficultés
concernant les concepts décrivant la variabilité du vivant»,
donc c'est en plein la normalité, c'est une façon détournée de
dire l'anormalité... Moi je ne sentais pas cette anormalité parce
que j'arrivais à faire ça en disant que tout est normal, donc
j'étais tombée complètement dans le piège inverse, enfin bref,
ça c'est... Donc je me suis plantée, je n'arrivais pas à voir
clair, mon directeur de recherche disait que je n'arrivais pas à
conceptualiser, et c'est vrai que je n'ai pas réussi à
conceptualiser, je n'y arrivais pas, mais quand même,... C'est
toujours cette idée de normalité qui m'a guidée et pour trouver
encore pire, mais au départ, je pensais que c'était que moi, je
ne voyais pas les autres, enfin...
S: C'était vous la coupable?
M: C'était moi la coupable uniquement et c'est bien tardivement
que j'ai compris que la famille était... et en même temps, je
voulais la protéger ma famille finalement, je ne voulais pas,
comme si je ne pouvais pas lui en vouloir, je peux dire là, donc
tout ce j'ai entendu là effectivement je peux le faire... ça
résonne en moi bien sûr, je...
S: Mais en même temps c'est
difficile de conceptualiser la normalité
M: Oui c'est un truc
impossible (rire) mais bon enfin je ne sais pas, oui il y a des
bouquins quand même...
S: Non, je dis ça parce que quand vous
dites normalité qu'est-ce que ça veut dire, je pense à l'inceste
puisque vous avez été...
M: Oui, après ça mène à la dictature et
ça mène, on est vite, on dérive vite, si on a des, enfin, oui
c'est très difficile, il y a la dérive vers le trop de
normalisation, ça c'est horrible!
Is: Tu t'es attaquée à
l'impossible
M: Je me suis attaquée à l'impossible, mais
personne ne m'a dit, non, non c'est trop dur, enfin... Après un
psy, un jour ma psy m'a dit: «mais attendez vous ne pouviez
pas arriver dans ce... ce n'était pas un bon sujet, j'ai choisi
quelque chose de trop ...
S: C'était vaste, c'est très vaste
M:
Oui, oui, c'était impossible, ça aurait pu... alors qu'il y a des
gens qui avaient faits des thèses en didactique en enseignement,
Par exemple, ils ont fait des choses beaucoup plus simple, alors
c'est vrai, je ne sais pas pourquoi, ça ne m'intéressait pas,
par exemple l'étude d'une molécule, comment on l'a découverte,
comment on l'enseigne dans les lycées, comment on l'enseigne,
donc ça c'était vraiment très concret. Mais non je, peut-être
que là j'aurais pu m'en sortir, mais là ça ne m'intéressait pas,
mais c'était plus simple, et les gens qui on fait ça s'en sont
sortis, mais moi j'étais partie dans la dérive, dans le délire
oui, et c'était délirant, donc je ne m'en suis pas sortie.
S:
Je ne sais pas si c'est délirant, je trouve que au contraire ça
un sens la question par rapport à l'inceste.
M: C'est
courageux, mais je me suis plantée, et à ce moment là j'étais
incapable de parler à l'extérieur de l'inceste, et je me dis que
j'étais surtout face à des mecs, je me dis qu'ils étaient
incapables de comprendre, enfin je ne l'ai jamais dit, donc ils
ne pouvaient pas savoir. Donc je ne me sentais pas dans un
domaine où je pouvais parler en fait, c'était trop normatif
finalement. On m'aurait dit c'est hors sujet, enfin je
m'attendais à ce qu'on me dise ça, je ne pouvais pas le dire.
S: Et justement par rapport à l'histoire de votre famille,
est-ce que par exemple, est-ce que dans le temps, par rapport au
fait que justement d'avoir pu dire que l'inceste, est-ce que
quelque part il y a eu un lien avec la question de l'histoire de
la famille. Plus vous aviez des informations sur l'histoire de
votre famille, et plus vous pouviez le dire, ou il n'y a pas de
liens. Est-ce que plus on sait des choses, plus on a tendance
plus à se libérer de le dire?
V : Moi je suis en fait à un
moment charnière parce que j'ai un garçon... qui comme tout
adolescent et je dirai en développement au niveau de sa
sexualité, et je l'ai, enfin et bien je crois que l'âge de mon
fils n'est pas anodin pour moi puisque ça fait résonner pas mal
de choses. C'est-à-dire que de ce que je sais, j'ai peu
d'information sur mon histoire familiale, mais l'essentiel c'est
la répétition, c'est-à-dire que l'inceste je le sais a eu lieu
dans la génération de mes grands-parents vers mes parents et
dans mon cas, j'ai été victime de mon beau-père et de ma mère,
donc des deux côtés et donc j'ai eu une phobie, une énorme
angoisse très profonde de répéter évidemment ces choses là
S:
L'inceste?
V: Oui, en tout cas une, dans mon cas ça s'est
toujours passé sans contrainte, mais comment dire, ni violence
réelle, mais par manipulation, un climat extrêmement pervers, et
puis, ils étaient complètement décomplexés par rapport à ça,
c'est-à-dire, mon beau-père montrait effectivement des films
pornos aux enfants, c'est la norme, mes parents ne se sont pas
cachés de ce qu'ils faisaient... Donc pour en venir à ce que je
voulais dire, entre temps je me suis évadée. Donc par rapport à
mon fils, le Roman, l'histoire, à mon avis, là est essentielle
et j'ai vraiment l'impression que où je l'écris où que quelque
part je vais vraiment répéter quelque chose, c'est une, comment
dire, je vais peut-être répéter quelque chose peut-être en ne
disant rien ou en laissant croire des choses qu'elles sont
normales, alors qu'elles ne sont pas, enfin en entretenant un
flou...
S: Question de culpabilité
V: C'est ça, et c'est drôle,
parce que mon fils je l'ai envoyé chez son père sans avoir du
tout avoir conscience de tout de ce que je suis en train de vous
dire... mais c'est après coup que je me suis dit, mais en fait
c'est que je l'ai peut-être protégé inconsciemment et que lui a
voulu se protéger inconsciemment en étant chez son père vu de
mon passé... vu que les choses ne sont pas encore et complètement
digérées pour moi, tant que ce n'est pas le cas. Donc la
répétition, le roman, l'écriture de quelque chose de clair
pourra libérer et après écrire et déterminer ce qui va se passer
après... pour ceux qui suivront, enfin les victimes d'inceste et
ceux qui vont les suivre dans les générations.
N : Moi je
voudrai embrayer sur ce que j'ai entendu quand en fait on parle
du roman, c'est-à-dire que j'ai entendu M parler dire un mot qui
s'appelle fiction, ça m'a assez interpellé en fait, parce que
j'ai envie de dire pour mon cas, ce n'est pas du tout fictif, en
fait mon passé et si j'ai envi de le raconter, il n'y aura
aucune fiction. Si je raconte ce que j'ai vu ce ne sera pas du
tout fictif en fait. Et je ne vais pas commencer à élaborer des
choses sur ce que je n'ai pas vu.
S: C'est la réalité.
N: En
tout cas c'est la réalité, c'est pour ça que j'ai un peu du mal
avec le mot fiction, ça m'a un peu interloqué.
M: Je crois que
l'ai utilisé fiction pour ce que je ne sais pas, mes parents,
mes grands-parents, etc. J'ai employé fiction parce que personne
m'a dit oui c'est vrai, pour c'est une hypothèse, un récit
d'hypothèses.
N: Autant pour moi.
M: Juste, tu disais le mot
fiction, oui c'est vrai,... Moi je travaille sur la fiction et
peut-être que moi j'ai un travail artistique et j'ai une
démarche d'autofiction. Pendant des années qui me servaient en
fait, et dont je me sers encore et dans lequel j'exacerbe ma
dissociation et je m'en sers pour recréer un personnage de
fiction qui lutte contre quelque chose d'atroce.
S : Alors c'est
quoi votre personnage de fiction? C'est qui «Sardon»
I:
C'est un personnage qui a un nom, moi je lui ai donné un nom, je
fais des récits d'histoires. Dans les récits que j'ai réalisés,
il y a des sortes de pépites infâmes qui ressortent et
finalement qui sont des bulles de réel dégueulasses, et j'avais
besoin de ce personnage pour faire ressortir ces trucs là en
fait, que je ne supporte pas, je ne supporte pas que ce soit le
réel de ma famille, que ce soit... C'est pour ça que j'utilise
le mot fiction, parce que le réel est insupportable.
S: Est-ce
que ce personnage vous ressemble?
I: Alors, vous le verrez
peut-être tout à l'heure je fais une performance, donc je
l'incarne en fait.
S: Donc il vous ressemble, mais à la fois il
est aussi différent? C'est-à-dire qui vous permet de vivre le
réel?
I: Oui, c'est ça, c'est un personnage que j'essaye de
distancier mais qui fait aussi partie de moi, donc ça me permets
de le mettre à côté, de parler, aussi d'un moi qui me ferait
peur... Enfin c'est tout... une sorte de poupée de chiffon que je
transforme, que je...
S : Alors, ce personnage créé, non justement
ça nous amène bien à ce que vous êtes en train de dire. Ce
personnage que vous avez créé, est-ce que vous en avez un
souvenir quand vous étiez enfant, est-ce que il y a un
personnage ou des personnages que vous avez pu créer pour
justement permettre de dire ce que vous venez de dire,
c'est-à-dire mieux vivre le réel.
I: Je ne sais pas si ça
correspond à tout le monde, tout le monde ne dit pas les choses
comme ça.
S: Oui, oui c'est une idée.
Na: Moi le soir, je sais
que je me créais des personnages pour m'endormir parce que
j'avais beaucoup de difficulté pour m'endormir et pour ne pas
ressasser le réel, j'avais tendance à m'inventer des
personnages... C'était toujours dans un milieu sportif, je me
rêvais, je ne sais pas, dansant super bien, je me rappelle ou
patinant super bien, alors que ce n'était pas du tout le cas et
pour moi c'était une façon, comment dire? de dire que tous les
obstacles étaient surmontables, que c'était possible de pouvoir
s'échapper, de pouvoir, et en même temps je rêvais souvent, donc
j'en ai déjà parlé de rêves inconscients ou semi conscients.
C'est assez particulier, où je rêvais que j'avais... que j'étais...
que je possédais très bien mon sport... mais que j'avais un grave
accident et que je me retrouvais à l'hôpital allongée sur un lit
d'hôpital et que j'avais tout le corps immobilisé ... En même
temps, c'était pour moi une occasion unique et inou¸¯e, que
quelqu'un, donc un médecin en l'occurrence s'intéresse à moi et
puisse me faire parler de ma souffrance.
S: Quand vous dites
souffrance, vous pensez à quoi?
Na: Souffrance, c'est-à-dire
tout ce que ça a engendré, comment dire, comme tristesse, comme...
comme... , c'est un mélange de tristesse, chagrin, haine, un tas
de choses comme ça et puis souffrance physique puisque moi j'ai
ressenti physiquement, comment dire, c'est mon corps qui a parlé
pour moi en fait. C'est-à-dire que j'ai été tellement mal et
tellement,.... je suis entrée dans une dépression mais qui chez
moi se traduisait physiquement par une fatigue incroyable par
une impression d'évanouissement, par de la spasmophilie, des
spasmes partout et j'ai parlé ... parce que mon corps a parlé
avant moi.
S: Et alors, j'aimerai bien qu'on revienne sur la
question de votre corps qui a parlé avant vous, mais ce
personnage, ce médecin ça pourrait être qui?
Na: Peut-être, le
médecin qui ne m'a jamais demandé comment psychiquement ça
allait et si j'étais vraiment au fond de moi, heureuse. Après on
peut tout supposer. Ca peut être le psy, ça peut être, mais ...
S: Non, mais si ça pouvait être quelqu'un dans votre famille,
il ressemblerait plus à qui?
Na: Je ne sais pas, je ne sais
pas. C'était bizarre, parce que ce médecin c'était toujours un
homme bizarrement, je ne sais pas quelqu'un d'ami... quelqu'un qui
n'a pas de rapport avec la famille, qui est plutôt quelqu'un de
protecteur de plus âgé, mais extérieur à la famille. Moi j'ai
vécu quand même pas mal dans un clan, pas un clan, mais une
famille avec très peu de membres et très resserrés... du coup avec
peu d'échappatoire, ma mère savait que son couple clochait, elle
n'invitait jamais personne à la maison, c'était à ce point là.
K: C'est marrant, ce qu'on peut dire sur les rêves, parce qu'on
parlait tout à l'heure des fantasmes des enfants sur la famille
et on parlait des rêves d'enfant, et je me souviens j'avais un
grand fantasme quand j'étais petite, le rêve justement souvent
pour s'aider à s'endormir parce que comme Na, j'avais un peu de
mal... j'ai toujours eu du mal à m'endormir, moi j'ai toujours
rêvé déjà quand j'étais petite. En plus ma mère me le dit
souvent comme quand on demande aux enfants: qu'est-ce que tu
veux faire plus tard? Moi depuis toute petite je répondais
apparemment «sauveuse du monde», j'ai abandonné le projet... que
tout le monde se rassure, mais c'était ça mes rêves, c'était, je
rêvais d'une seule chose en fait, dans mes rêves j'étais sans
famille, je trouvais ça super chouette. J'avais pas de famille,
j'avais une espèce, un peu comme le Robin des Bois d'avoir sa
tribu, c'était des gens qui avaient mon âge et de vivre comme
ça, d'aller éventuellement porter secours à des gens qui étaient
plus dans le besoin, mais toujours plus petits, c'était plutôt
un rôle de protection et je me rappelle pour ceux qui sont de ma
génération, peut-être un peu plus, se rappellent certainement de
Rémi sans famille, ce dessin animé qui ... pourtant, n'est pas
forcément super heureux puisque, il a eu beaucoup de difficulté.
Et moi je n'avais qu'une envie, c'est d'être comme lui.
S: Sans
famille?
K: Sans famille, sans avec la liberté, de pouvoir
faire ce que je voulais, dormir où je voulais et je crois que
c'est toujours ça, et quand j'entendais M qui parlait de
l'internat. C'est vrai qu'après adolescente, j'aurai rêvé que
mes parents m'envoient en internat, ailleurs. Cette possibilité...
bon j'ai une famille de toute façon, j'ai beau rêvé de ne pas en
avoir une, il faut bien faire avec. Mais en même temps, le fait
d'être loin, de ne plus en avoir vraiment.
N: Oui en fait, le
dessin animé de Rémi sans famille, oui moi aussi ça me parle
beaucoup et puis autre chose en fait, moi quand je rêvais quand
j'étais petit, enfin des rêves éveillés quand j'avais du mal à
m'endormir quand j'étais petit. Je me rêvais en fait à l'âge
adulte, j'étais dans mon lit comme si j'étais dans une voiture
en fait en train de circuler n'importe où, et un adulte sans
famille en fait. Enfin voilà dans une voiture libre de circuler,
mais enfin tout seul tout le temps, tout seul.
S: Mais vous
aviez ce rêve quand vous étiez enfant?
N: Ce n'est pas un
rêve, je ne sais pas comment on appelle ça, c'est avant de
s'endormir.
S: Ah oui d'accord, vous pensiez à ça, ah oui
d'accord
N: Oui, c'est des pensées S: Un rêve éveillé?
N:
Mais jamais de famille, pas de baraque tout ça, tout seul dans
la voiture
Is: Moi ça m'a intéressée, car je réalise que le
fantasme c'est proche, moi petite m'imaginais beaucoup de
choses, c'est vrai... Je voulais revenir sur ce qui a été dit tout
à l'heure sur la notion du danger. Je crois en effet, que je
n'ai jamais essayé de m'imaginer que j'avais d'autres parents
que les miens. Je pense que je n'avais pas réalisé ça, mais
c'était trop dangereux d'abord parce que c'était tellement...
c'était remettre le fait que c'était la catastrophe, je ne sais
pas comment dire, le fait d'en rêver c'était périlleux... parce
que c'était l'horreur après de se dire ça pourrait être
autrement et puis comme ce n'est pas le cas, c'était tellement,...
Je pense ... puis je pense il y avait un interdit venant d'eux... un
interdit venant d'eux, notamment de mon père, c'est-à-dire on
n'avait pas le droit de s'imaginer dans une autre famille et ça,
ça reprend ce que disait K, c'est mieux chez nous. Je pense que
je l'ai intégré très petite parce que ça a été dit après, je
pense que je l'ai intégré. Il n'était pas question que j'ose
imaginer remplacer mes parents, même dans ma tête. Je n'avais
pas droit de faire ça je crois. C'était clairement mon père, il
prenait une place, il était... moi aussi j'ai vécu dans la
manipulation, puisqu'il ne m'a pas violée, il me... soit disant il
me demandait, enfin c'était très... et par contre il voulait que...
Il m'avait dit une fois que je lui raconte tout ce je pensais,
donc il n'était pas question que je puisse m'amuser à le
remplacer. Du coup, par contre heureusement je pouvais rêver et
c'est pareil, c'était et alors, je pense que j'utilisais
beaucoup des fictions, alors je ne sais pas comment je faisais
toute petite quand je ne savais pas lire... Je ne m'en rappelle
plus, mais très vite, bon je n'avais pas la télévision au début,
j'utilisais la lecture parce que les histoires que je lisais ...
je les réinvestissais avec moi comme personnage, mais jamais
dans des familles en effet. Je prenais toujours des personnages...
par contre, alors moi quand on me demandait je ne voulais pas
être «sauveuse du monde», je voulais être aventurière. Je ne
savais pas trop ce que ça voulait dire, mais c'était, et il y
avait cette idée là et c'était tout le temps dans mes rêves. Je
passais beaucoup de temps avant de m'endormir là-dessus, à
cheval, sur les toits en train de courir, je mélangeais les
trucs de capes et d'épées des trucs comme ça, en train de sauver
des gens et toujours en lien dans des communautés sans famille
avec des amis des groupes d'enfants, des choses comme ça ou de
jeunes, Je n'en sais rien de ce que je voyais et il y avait des
histoires d'amitiés et puis sans doute d'amour, mais il n'y
avait pas de parents là dedans, et moi-même j'étais ...
S: Tous
des enfants alors?
Is: Oui, des enfants du même âge, donc
voilà ça a évolué avec mon âge, mais clairement, c'était des
histoires comme ça qui me faisaient par contre beaucoup rire,
par contre je m'en rappelle... j'adorais m'imaginer comme ça et
voilà....
S: vous l'avez quand même fait finalement.
Is: Après
je me suis réinscrite ... je pense dans le temps ... en ayant des
enfants, mais il m'a fallu je pense a accepter en effet,
l'inscription dans le temps, dans le fait que j'étais la fille
de... pour pouvoir être la mère de... même si ça ne me plaît pas.
Mais en attendant mon premier mariage j'ai essayé d'avoir mon
premier enfant, je n'ai pas pu, je pense que je ne pouvais pas
justement parce que je n'avais pas d'histoire en tant que, et
j'étais justement dans des fantasmes de je ne sais pas comment
dire, de une vie un peu hors familiale.
S: Hors familiale? .
Is: Et donc du coup, j'avais beau dire que je voulais
absolument des enfants, je ne pense pas que je ne pouvais pas en
avoir parce que voilà. Ca ne veut pas dire que c'était réglé
quand j'ai eu mes enfants. J'ai un petit déclic le fait d'avoir
quitté mon premier mari que j'avais connu très jeune, on nous
prenait un peu pour un couple d'enfants, moi et mon premier mari
on pensait souvent que l'on était frère et sœur, mais pas mari
et femme, on s'était connus au lycée, et je pense que je ne
pouvais pas faire une famille avec quelqu'un comme ça et voilà.
Mais par contre, ces souvenirs là c'est vrai les personnages
imaginaires j'en ai beaucoup créés... mais je n'ai jamais remplacé
mes parents... c'est moi qui n'avait pas de parents ...J'ai des fois
rêvé que mes parents avaient d'autres enfants et ça... ça me
soulageait énormément parce que l'idée que j'avais des frères et
sœurs inconnus et que l'on serait un peu plus pour subir... ou
résister ...ou tout ça, Mais par contre, je n'ai aucun souvenir de
m'être imaginée d'autres parents... Mon fils, dernièrement, j'ai
cru comprendre que... il était un peu embêté de me dire ça parce
que il supposait que... il s'était imaginé qu'il a été adopté et
qu'il avait peut être une autre famille ailleurs et tout, donc
voilà, ça faisait partie qu'il avait le droit de rêver de ce
qu'il voulait,... ça ne me gênait pas, il m'a dit un petit peu en
me taquinant et en même temps en essayant de voir ce que ça me
faisait de la peine de penser qu'il s'imaginait des fois que ses
parents étaient d'autres. En effet, visiblement chez d'autres
enfants ça se passe, alors que moi je n'ai aucun souvenir
d'avoir fait ça.
S: Alors pourquoi, il n'y aurait pas les
parents? Pourquoi il n'y pas les parents? Ca pourrait être
d'autres parents?
J: Eh bien non parce que ça reprend un peu
ce que disait finalement Is, même quand on est enfant on a tout
à fait conscience à partir du moment où on s'imagine des
parents, enfin on sublime, avec d'autres parents qui sont là,
qui nous choient, qui, ça n'aide pas à avancer...
S: Et bien non
parce que l'on ne peut pas partir.
J: Ca n'aide pas à avancer.
S: On ne peut pas partir où?
K: Eh bien de la cellule
familiale. Donc ça nous replonge juste dans tout ce qui est
super, ça veut dire que ...on réalise et du coup ça nous force à
prendre conscience que l'on a des parents qui sont
«dysfonctionnant» et qui sont maltraitant, c'est ce qui est
très difficile je pense pour un enfant. Et donc comme on ne peut
pas partir... ça nous aide pas à avancer, on ne sort pas de
là-dedans et en plus je pense que c'est hyper culpabilisant de
se dire parce que je pense que ... voilà, ça reste quand même nos
parents et de s'imaginer finalement... on se culpabilise en disant
de toute façon c'est. Enfin moi, je pense que les parents ...
autant moi j'ai toujours dit, pendant très longtemps j'ai
culpabilisé en disant ça m'est arrivé parce que c'est de ma
faute parce que si... parce que c'était moi et tout, parce que
finalement sur nous on a une emprise... On peut changer, on peut
évoluer, mais sur les autres vous ne savez pas l'emprise, vous
ne pouvez pas faire en sorte qu'ils changent ou qu'ils fassent
ça ou comme vous voudrez, c'est quelque chose qui n'est pas
tangible, encore plus pour un enfant. Donc le fait de s'imaginer
qu'on n'ait pas de parents c'est beaucoup simple parce que au
moins on a cette liberté, on ne subit pas les choses, on peut
avancer, et en même temps on est, ça nous permet aussi de ne pas
réaliser pleinement quand on revient en fait dans la réalité
propre... ça permet aussi de se voiler la face en disant bon mes
parents ne sont pas..., j'ai des parents, mais ils ne sont pas si
mauvais que ça non plus. Moi je pense que quand on est enfant ce
n'est pas forcement évident de se dire mes parents sont
perturbés profond et au fond on a moins mal et il y a aussi une
relation d'amour parental, malgré tout ce qui peut se passer,
malgré l'inceste. Nos parents je pense, de petit et même
maintenant pour la plupart, ou pour certain d'entre nous, il y a
quand même quelque chose de l'ordre de l'affectif qui reste,
même si ...il y a de la violence, de la haine, de la colère, il y
a tout ce que vous voulez, mais je pense que finalement ...
N:
Pour mon cas, moi je me suis un peu fabriqué une mère idéale
quand même dans mon passé, enfin une mère idéale, en fait ma
mère est l'une de mes agresseuses, c'est surtout aussi, en fait
elle participait ... quand mon père m'agressait, elle était
vraiment partie prenante, elle adorait, à la limite, me livrer à
mon père, mais moi en fait je me suis fabriqué quand même une
mère idéale, mais elle avait de bons côtés ma mère, elle était
quand même très gentille et tout, même si à côté de ça, je
l'aime oui, mais je me suis fabriqué une mère idéale. Par contre
l'affection, enfin maintenant je n'ai aucune affection pour ma
mère, enfin ...
S: Comment vous vous êtes construit alors cette
mère idéale, c'est-à-dire?
N: Eh bien je regardais que les
bons côtés en fait... que les moments normaux dans la famille
quand on était à table, quand elle venait nous embrasser, quand
on était au lit avant de nous coucher comme dans n'importe
quelle famille. Mais enfin, elle me bloquait pour que mon père
me viole, par exemple elle se mettait à califourchon sur moi,
enfin des trucs horribles aussi. J'ai vu que le bon côté.
S:
Quand vous pensez à la mère idéale, c'était...
N: Enfin une mère
idéale, très maternelle et tout quoi.
S: Ce n'était pas elle?
Quand vous pensiez à la mère idéale l'image que vous en
faisiez?
N: Ce n'était pas elle?
S: C'était quelqu'un
d'autre? Un autre personnage ou?
N: Ah non c'était elle,
c'était quand même symbolisé par elle. Ah non c'était symbolisé
par elle. Je me suis voilé la face en fait. Moi j'ai considéré
qu'elle était aussi victime de mon père, enfin bon. Alors, je ne
sais pas comment elle a réussi à se placer dans la famille mais
elle a fait en sorte que ... elle était très bien aimée par nous,
trois enfants. Enfin, parce qu'elle avait un côté très gentil,
et en même temps, elle nous livrait, moi elle me livrait à mon
père. Mais par contre maintenant, je n'ai aucune affection pour
ma mère, absolument aucune, enfin aucune non... Là je viens
d'apprendre, c'est un peu à part, mais... C'est bizarre
aujourd'hui, je viens d'apprendre le décès de ma grand-mère je
suis venu ici en métro, une demi-heure avant que j'arrive.
J'apprends le décès de ma grand-mère paternelle... c'est ma sœur
qui m'apprend ça... bon moi je suis content en fait, enfin
content? ça ne me gêne pas en fait, on va l'enterrer lundi, ben
c'est bien enfin. Mais je n'ai absolument aucune... j'ai
complètement coupé avec ma famille, c'est incroyable. Pourtant
j'aimais énormément ma mère, mais en fait oui, jusqu'à ce que je
me souvienne. Puisque que je me suis souvenu à partir de vingt
huit ans de mon passé, là j'ai complètement changé. J'ai tout
rebouleversé dans ma tête.
S: Justement quel a été le récit qui
vous a permis enfin, de vous souvenir?
N: Qu'est-ce qui m'a
permis de me souvenir? C'est simplement une thérapie avec un
psychiatre sur la sexualité. Il y a un flash qui m'est venu et
après j'ai été le voir pendant trois ans, et donc voilà. Pour
moi le roman c'est ça, le Roman familial c'est retracer tout son
passé et en faire son histoire. Il n'y a rien de fictif, c'est
la réalité, c'est ce qu'il m'est arrivé.
S: Et justement quand
on parle de Roman, avant que vous ne preniez conscience en tout
cas d'avoir été victime d'inceste entre ce moment-là, ce temps
là et le moment où vous l'avez découvert, quel impact ça a eu
sur votre histoire et l'histoire familiale?
I: C'est la
déflagration. On en a aussi pas mal parlé dans des ateliers
précédents en fait, chacun se reconfigure dans la famille chacun
reconfigure sa position, parce que... à se souvenir... Enfin, je
réfléchis à ce que tu viens de dire N, c'est vrai que avoir une
image et même moi par rapport à ma mère, là c'est vrai que je
suis dans une situation super inconfortable parce que je ne sais
pas me repositionner par rapport à elle, et je suis un peu
perdue (rires). Oui déflagration, par rapport à ma famille, et
par rapport à ma mère, qu'est-ce qu'on parlait des... , par
exemple, j'ai du mal à croire que ma mère n'ait pas compris,
n'ai pas entendu les différents indices et donc j'ai... elle
n'était pas là, nous elle ne nous a pas livrée consciemment à
notre père en sachant qu'il était violeur et qu'il allait nous
faire ou ça, non... mais elle l'a choisi, ça été son grand amour...
Elle n'a pas voulu imaginer un seul instant que cet homme là
pouvait faire des choses absolument horribles. Donc finalement,
quelque part, je pense qu'elle veut continuer à croire que ce
n'est pas possible, bon... et on en reste un peu là. Qu'en est-il
des relations quand le récit familial met à jour la réalité de
ce qui s'est passé? Eh bien fatalement les relations sont
modifiées, elles explosent, soit.... Moi, je vois avec mon frère,
c'est lui qui m'a permis de me souvenir, mais comme il est
violent et qu'il a un rapport avec moi ... en fait il répète la
pression que mon père a mis sur nous et notamment sur lui pour
qu'on se taise, et je ne peux plus le voir. Donc j'ai coupé les
ponts avec lui depuis plus de deux ans. Je ne le vois plus,
voilà; un exemple.
S: Mais alors, vous m'avez parlé tous tout
à l'heure d'histoires à trous, mais comment quand vous pensez à
votre histoire personnelle actuelle? Comment vous vous
inscrivez dans votre histoire, dans votre roman à vous? Si vous
n'avez pas pu vous inscrire par rapport à cette histoire de
roman familial? Ca vous me l'avez dit, qu'il y a des secrets
qu'on ne disait pas... la moitié des choses, que c'était une sorte
de patchwork c'est-à-dire qu'il n'y avait pas de continuité
finalement... d'histoire, comment?
I: Moi, je me vois assez
effacée, parce que on en arrive à être soi-même... à être dans la
société... enfin face aux autres dans sa propre profession... dans
sa vie affective... en disant bon: je suis là à un moment donné
et effectivement on peut être là parce que on a un vécu, parce
que la vie... la vie c'est un fil en fait, quand on le coupe c'est
qu'on est mort, mais effectivement quand psychiquement il y a
des coups de canif qui sont un petit peu des assassinats,
finalement, enfin moi, c'est vrai que je me rends compte que
j'ai du mal à être face aux autres, parce que je ne peux pas
raconter d'où je viens. C'est totalement incongru, c'est
totalement, oui donc, c'est ....
S: Donc finalement, vous vous
retrouvez dans la même position, vous ne pouvez pas non plus
vous raconter
I: Bien non, non, du coup je suis obligée de
faire une fiction par rapport à moi.
S: A votre histoire?
N:
A un collègue de bureau je n'ai pas pu dire ce qu'on j'allait
faire ce week-end, je lui ai raconté ma journée demain, parce
que je vais à un atelier d'écriture, et je ne lui ai pas raconté
mon samedi après-midi, parce que je ne lui ai pas raconté mon
histoire en fait, je vais lui raconter un jour, mais il faut que
l'on soit un peu plus proche, mais c'est dommage, bon .... parce
que cet atelier, c'est quand même très important dans mon
week-end, je n'ai pas pu en fait. Donc ça fait un petit trou.
M: Je reviens un petit peu à la même chose, effectivement je
veux dire même avec des gens, parce que la réaction habituelle
des amies qui savent... c'est presque le cas à 90 %, des gens me
disent: «Mais tu crois que c'est utile! Tu en as assez parlé
comme ça!» Même des psys... ma première psy m'avait dit: «Mais
attendez maintenant vous l'avez bien travaillé, vous avez bien
travaillé votre histoire, bon c'est bon» Enfin c'est vrai
j'avais beaucoup travaillé, c'est que elle m'avait... je ne nie
pas le travail que j'ai fait et qui était important, mais a
bout d'un moment elle, en gros elle m'a dit: « ça suffit, ça
suffit, c'est bon maintenant. Enfin vous avez bien élaboré»
enfin moi je ne peux parler que dans un milieu particulier...
enfin comme ici... qui me ressemble, sinon c'est très difficile,
parce que c'est souvent l'obstacle. «Ah ben oui, bon maintenant
il faut tourner la page, il faut te changer les idées». Là je
dis: je vais partir en Allemagne, Ah ben c'est bien ça, ça te
changera les idées, c'est par rapport à la mort de ma sœur... Ah
ben ça va te changer les idées (rires). Bon qu'est qu'on peut
dire? Rien, on ne répond rien, bon ok ça va me changer les
idées oui, je suis contente de partir en Allemagne, très bien et
c'est ça. Mais par rapport au trou de l'histoire, moi ce qui
m'est pas mal revenu c'est plutôt par le corps que ça m'est
revenu, parce que mentalement je n'avais jamais oublié, enfin ce
que..., non disons que j'ai reconstruis l'ordre, l'ordre j'étais
paumée, c'était un peu dans le désordre et je savais plus si ce
qui est avant ou ce qui est après, ça je ne savais plus du tout.
Donc ça j'ai reconstitué l'ordre qui me parait cohérent, enfin
peu importe... Mais par contre, il y a plein de choses que je ne
sais pas, parce que les souvenirs ne me sont pas revenus, j'ai
beau avoir cherché, ça ne vient pas. Par contre, j'ai des
symptômes dans mon corps ou dans mes comportements qui me
parlaient et mon corps m'a aidé à ressortir les choses que je
n'avais pas... Bon à un moment j'ai eu, enfin bon, excusez-moi, un
problème de constipation, vraiment j'ai cru que j'allais mourir,
mourir, mourir, et bon ....après j'ai redéfilé, ah oui j'avais eu
très mal à la bouche, qu'est-ce que c'est cette histoire, ah oui
on m'a dit «c'est un herpès buccal», c'est vrai que j'avais la
bouche en feu. Et maintenant en ayant reconstitué après coup,
alors après l'herpès buccal, un médicament très... qui me
constipait énormément où j'ai cru vraiment que j'allais mourir.
Un toubib qui me dit: «on ne va pas à l'hôpital pour une
constipation!» Je me fais envoyer promener... enfin bref, tout
ça il y a toute une histoire et après moi j'ai re-défilé en
écrivant j'ai repris tout ça et j'ai compris le sens de ça.
Après je me suis fait opérée d'une ... histoire de rectocèle liée
aux constipations que j'ai depuis très longtemps... et c'est vrai
que ça a été un pas important dans ma guérison maintenant, enfin
j'avais oublié tout ça ... Maintenant, j'en parle parce que l'on
est ici aujourd'hui, mais j'ai un peu ... non pas oublié... mais
disons que c'est moins douloureux d'en parler. On va dire ça
comme ça plutôt.
S: Mais quand vous dites: les souvenirs sont
là, mais vous savez qu'ils sont là, mais vous n'arrivez pas à y
accéder, à vous en souvenir, mais vous savez qu'ils sont là?
M: Eh oui, mon corps me le prouve par d'autres comportement,
d'autres... mais je ne les ai pas, je ne peux pas les verbaliser,
enfin je ne me vois pas enfin le souvenir... je ne l'ai pas,
enfin, il est détourné en fait.
S: Le souvenir est détourné?
M: Je ne sais pas comment le dire, je ne peux pas mettre le... je
pensais un jour pouvoir le revoir, revoir des choses et le dire.
Il y a des choses que je peux dire, d'autres que je ne peux pas.
Et pourtant mon corps me dit des choses, mais je ne fais pas le
lien entre les deux. Mais je crois en mon corps quand même... Et
en même temps je ne fais pas de certitude, peut-être que c'est
une invention, peut-être que ce n'est pas vrai, peut-être que...
I: Et, est-ce que de toute façon à partir du moment où on est
abusé, il y a tout un tas de ressentis qui en découlent qui font
référence à ça ... et en fait, bien il y a tout un tas de
ressentis et de choses qui sont parallèles qui se construisent
et qui émergent et qui font références à ça.
M: On ne sait pas,
il reste plein de points d'interrogations de toute façon.
S:
Mais c'est intéressant quand vous dites un souvenir qui est
détourné.
M: Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. Mais pourquoi
détourné.
S: Mais comment un souvenir pourrait être détourné,
que comment enfin? Pour se transformer alors. transformer
oui....Pour revenir d'une autre manière.
M: Voilà, il revient par
où on ne s'attend pas qu'il revienne, oui c'est ça.
M: Parce
qu'effectivement, je cherchais dans certaines directions
d'analyses par exemples en en parlant, peut-être je pensais
faire des rêves, je n'ai jamais fait de rêves, ça n'est jamais
revenu. J'espérais, j'espérais, mais non. Par contre, c'est
revenu de façon, par mon corps, par mes problèmes de santé etc.
V: Il y a des gens comme ça que je ne peux pas supporter.
S:
Vous ne pouvez pas? Supporter.
S: Des gens, et pourquoi?
V:
C'est viscéral, je ne peux tellement pas l'expliquer que ça me...
de ça.
S: Excusez-moi, je veux juste poursuivre le lien M dit
que c'est un souvenir, c'est-à-dire que moi j'aime bien cette
expression détourner ou de retransformer, mais vous faites le
lien avec des gens que vous ne pouvez pas supporter? Est-ce que
ça renvoie à un souvenir?
N: Même moi, si je fouille comme un
taré... Echanges multiples: Tu fouilles comme un taré? Et il y a
un élément. Tu trouves un élément?
S: Est-ce que vous pourriez
nous donner un exemple? Si vous voulez Echanges multiples : ...
Qui rappelle celui de l'agresseur? Un timbre de voix, un mot,
ne paire de chaussures, une physionomie, des petits détails. Une
façon de marcher, une silhouette. Une odeur, une couleur,
pourquoi on ne peut pas supporter une couleur oui. Un lieu qui
rappelle, je dirais
S: Alors c'est quoi le souvenir détourné
pour vous?
K: Bien il est là, c'est-à-dire que sur le moment,
on ne met pas le doigt tout de suite. C'est-à-dire on se prend
quelque chose ... qui nous agresse, parce qu'il nous rappelle
notre agresseur, sauf que l'on n'arrive pas tout de suite à
mettre le doigt sur ce qui nous rappelle ça. Mais par contre, le
corps à cette ...
S: Le corps réagit?
K: Le corps réagit. Oui
c'est viscéral, c'est donc, voilà. Après effectivement selon les
gens, comme N comme moi ça peut m'arriver, comme nous tous, où
des fois enfin, je pense qu'après on a plus ou moins des
difficultés et à assumer certains souvenirs de volonté. Donc au
niveau du cerveau, il y a des choses qui restent qu'on ne
retrouvera jamais parce que c'est aussi de la protection et puis
il y en a d'autres qui vont y arriver plus facilement. Je pense
qu'après on n'est pas non plus tous fait pareil.
S: Mais alors,
quel impact ça a sur votre roman familial cette histoire de
souvenirs détournés? C'est-à-dire que vous êtes tentés
absolument de vous souvenir, ce qui est normal, c'est ce qui est
un processus normal à la fois vous dites qu'on ne se souvient
pas parce que c'est une protection. C'est un mécanisme que l'on
retrouve sans avoir été victime d'abus sexuels, mais quel impact
ça a sur le roman, l'histoire familiale, votre histoire?
M: Eh
bien se sont quand même des indices qui nous guident, ce n'est
pas une vraie mémoire, mais c'est un indice qui ramène à la
mémoire, ce qui est détourné... c'est quand même un indice, une
connaissance de quelque chose qui fait Tilt.
S: C'est comme si
que vous me disiez, qu'il y avait un chemin pour pister des
traces?
N: On fait son petit chemin de vie ... et on est tout le
temps confronté à des trucs du «poids», du passé.
I: Il n'a
pas de preuves, tu es seule face aux évènements, il n'y a pas de
preuves, ça se fait aux ressentis, aux séquelles, finalement qui
sont des agressions, la seule preuve que l'on a se fier
pour...Pour se faire entendre
S: Mais pourquoi, vous dites qu'il
n'y pas de preuves puisque vous l'avez vécu, vous dans votre
histoire?
I: Mais il n'y a pas de preuves, mais comment le
faire entendre?
K: Il n'y pas de preuves parce que tout le
monde... la majorité, nous... il y a nous effectivement, dans le
doute, mais il n'y a pas que nous, il y a tout le reste,
justement l'histoire familiale, donc il y a tous les
protagonistes de l'histoire, ils vous dénient... par la majorité
d'entre nous de cette histoire-là... Parce que pour eux c'est
quelque chose qui n'a, soit pas existé, soit qui n'a pas de
conséquences, soit qui n'est pas grave, soit qui est normal
même. Et nous on se bagarre constamment, enfin moi
personnellement en tout cas et je pense que c'est la majorité,
en ce qui me concerne je me bagarre constamment même si
maintenant, je me dis oui, tu n'es pas folle, ça t'es vraiment
arrivé, mais je me bagarre encore maintenant des fois pour me
dire, oui vraiment quoi et c'est des pistes dans le sens où ça
permet vraiment effectivement de se dire, bon bien je ne suis
vraiment pas folle, et ça en plus qui vient s'ajouter à ces
souvenirs, et pourtant à un moment donné, quand j'ai commencé à
me souvenir, c'est peut-être le pire, c'est quand j'ai commencé
à me souvenir, j'ai cru enfin que c'était moi qui avait un
souci, qui devenais folle, et après quand j'ai osé croire où me
dire: «ok tu n'es pas folle, ça t'es bien arrivé» et même
temps je pense qu'à un moment donné j'aurai juste préféré être
folle et de me dire après tout ils ont raison, c'est à moi de me
faire enfermer et puis comme ça au moins, tout le monde..., je ne
suis responsable de rien, parce que c'est une bombe.... c'est une
bombe que vous lâchez, vous n'avez pas forcément envie de
détruire tout ce qu'il y a autour de vous, parce que c'est tout
les liens qui... enfin tout ce qui semblait être bien construit
qui vole en éclat, c'est très dur quand j'y pense.
S: Mais
quand vous parlez de preuves qu'est-ce qui pourrait faire office
de preuves dans votre histoire?
J: De vraies preuves parce que
on voudrait connaître...
S: des preuves, vous dites, il n'y pas
de preuves, qu'est-ce qui pourrait faire office de preuves?
K:
Dans l'état où l'on est...
S: Ma, pour vous qu'est-ce qui vous
témoignerait... qu'est-ce qui pourrait vous donner une preuve?
Réponses multiples: Mes agresseurs qui me connaissent...
l'agresseur qui avoue... Oui l'agresseur qui avoue... Moi ça me
suffit totalement... Oui, mais moi, ça me soulagerait que les
agresseurs avouent... Parce que moi ça voudrait dire que ...
Na:
Moi, que mon frère ait reconnu, ça été important. Le problème,
c'est qu'il n'a pas du tout reconnu la gravité et les
conséquences que ça a entraîné... la gravité de son acte, pour lui
ça reste des jeux d'enfant. Mais par contre il a quand même
reconnu que ça s'est bien passé, et ça je voulais qu'il me le
dise, qu'il me dise, oui effectivement ce que tu me racontes là,
les faits proprement dits se sont bien déroulés.
S: Ca apporte
quoi? Dans votre histoire, le fait de dire oui c'est vrai, ça
bien eu lieu. Ca a existé? Réponses multiples: Je ne suis pas
folle ... ça évite d'être psychotique
Na: ça permet de se
reconnaître comme victime et de reconnaître la responsabilité de
l'autre. Et puis de dire aussi à l'extérieur, eh bien tu vois,
il n'y a pas que moi qui me reconnais.
S: En fait, le fait que
l'agresseur puisse témoigner et dire, oui, voilà, je t'ai
agressé, effectivement tu es une victime. Est-ce que c'est ce
qui vous aiderait quelque part à le dire à l'extérieur? Tout à
l'heure, vous disiez ni aux amis?
Ni: Moi, je le dis à mes
amis.
S: Oui, mais quelque part, ça remet une fois de plus dans
une histoire qui est encore un peu de la fiction. Est-ce que si
vous ne le dites pas, est ce que vous avez peur qu'on ne vous
croit pas ou c'est passé quoi?
M: Moi, je crois c'est parce
j'ai peur que ce soit minimisé, que c'est loin tout ça, on
tourne la page, c'est plutôt minimiser.
S: Qu'on minimise
l'acte?
Na: Parce que si je dis aux personnes que je fais le
deuil de mon père et ensuite de mon frère, les gens, ils vont me
prendre pour une folle... en me disant: «mais ton frère et ton
père sont vivants, pourquoi tu veux en faire le deuil?» Et
moi, j'ai cette impression là, depuis que je suis petite de ne
pas m'être imaginé un autre père, mais d'avoir essayé de le
mettre loin de moi et de sentir aussi que les rapprochements ne
sont plus possibles... Qu'il a été tellement un étranger pour moi
... que pour moi ... que mon frère s'est tellement comporté d'une
façon anormale qu'il n'y a plus de façon de recréer des liens et
que c'est une façon de faire le deuil de ces personnes-là, même
de leur vivant. Et ça dire ça à quelqu'un (rires) qui entre
guillemets qui n'a pas vécu cette histoire là, c'est difficile
pour eux de comprendre ça.
Ma: Oui, je pense que ça ne
m'aiderait pas plus, parce que, effectivement, il y a la peur
entre guillemets de ne pas être cru encore,
S: par
l'extérieur?
Ma: par l'extérieur, et puis, parce que je ne
peux pas en vouloir aux gens de ne pas comprendre, mais bon
voilà. A chaque fois, c'est une double peine, c'est déjà, on vit
avec ça, en plus se prendre dans la tête, eh bien voilà c'est
minimisé, ce n'est pas grave, c'est le de toute façon ça c'est
passé hier, elle peut en parler, il n'y pas de conséquences. Ils
ne savent pas trop quoi faire de ce qu'on leur livre
finalement.... Non, et puis je crois qu'ils n'arrivent pas à
conscientiser quelque chose d'aussi lourd, un truc ce n'est même
pas pensable.
J: Moi, je me mets à leur place aussi, moi par
exemple, j'ai une amie d'enfance à qui j'ai pu parler pendant...
quand j'étais petite... petite... et je sais que quelques années
après, à l'adolescence, j'ai essayé de reparler de ça avec elle,
elle ne savait plus trop comment situer la chose de ce que je
lui avais dit déjà. Ah oui, il y avait eu un problème avec ton
grand-père, mais qu'est ce qui s'était passé? Je peux
comprendre, aujourd'hui, on en parle encore et encore, elle est
... je pense, loin d'imaginer toutes les conséquences que ça a pu
avoir, mais je veux dire les personnes extérieures à l'inceste
ont droit d'exister, ont droit d'avoir aussi d'autres
préoccupations peut-être plus... Enfin voilà, moins, je ne sais
pas. Pour moi, c'est quelque part normal qu'il n'y ait pas de
compréhension première pour quelqu'un de complètement extérieur
à ça, je veux dire: elle peut écouter effectivement, même des
fois l'oublier, parce que pour elle, je l'ai dit rapidement,
donc ce qui est dit rapidement, c'est peut-être finalement pas
si important que ça et puis je lui ai pas bien expliqué, je ne
lui ai pas donné de détails et donc maintenant, enfin, parce ce
qu'on parlait tout à l'heure de preuves, j'ai eu une preuve,
parce que en fait, enfin une preuve, j'ai jamais douté moi
personnellement de ce qui s'était passé, j'ai été assez bien
crue par, enfin et soutenue par ma mère et, voilà qui n'a jamais
remis ma parole en doute et au moment en fait... Il y a eu une
plainte, il y a quelques temps de ça, il y a six mois, j'ai pu
revoir mon grand-père à l'occasion du procès et ça s'est déroulé
de telle manière que en fait avant ce procès, enfin, ma mère en
fait a eu une petite altercation avec lui parce que elle se
rendait au chevet de ma grand-mère et elle se trouvait donc
obligée d'être confrontée à lui. Il lui a dit qu'il fallait
qu'elle lui dise bonjour, enfin, qu'elle lui parle. Elle lui a
lancé qu'il faillait que d'abord il me demande pardon ... il y a
eu une altercation physique, je crois qu'il l'a giflée et de là,
elle est allée au commissariat, elle a déposé une main courante
par rapport à ce qui s'était passé. Une fois que le gendarme ou
le policier a fini d'enregistrer sa plainte, elle a dit
maintenant, je vais vous aider à vous expliquer le pourquoi du
comment de notre altercation et donc elle a dit ce qu'elle avait
à dire, ce qui s'était passé, ce qu'il m'avait fait et lui a été
auditionné et en fait a tout bonnement dit que bon... il a dit
«oui je sais pourquoi,» enfin, le policier lui a demandé est
ce que vous savez pourquoi vous êtes là? Il lui a dit: «oui,
c'est parce que par rapport à ce que j'ai fait, par rapport à ce
qui s'est passé avec J, mais si je vous en parle aujourd'hui,
c'est de toute façon parce que il y a, je pense prescription»
Donc pour moi, ça était le point de départ qui m'a permis après
de déposer plainte etc... Parce qu'il y a eu cette sorte d'aveu
finalement...
S: Mais dans les choses que vous êtes en train de
dire, la première chose, c'est quand vous dites que les gens
finalement vous ont.... Que les gens ne comprennent pas, en même
temps vous vous dites est ce que ils vont me croire. Est-ce que
vous n'avez pas l'impression que justement peut-être, enfin
comment vous expliquez le fait que les gens ont peut-être
parfois des réactions ... d'indifférences ou peut-être...
J: C'est
la gêne, moi j'ai l'impression de toucher vraiment quelque chose
qui sont ... (S: interdit) n'est pas bon quoi, on peut parler
d'un accident de voiture ou parler de maladie même peut-être
encore un peu plus peut-être de cancer ou ce genre de chose,
mais parler de l'inceste, on parle d'enfant, je pense que ça
leur renvoie aux démons, enfin de, moi en tout cas, ça renvoie
vraiment, pour moi c'est le démon, quoi, au diable, quoi
exactement, et donc arrivé je pense à me regarder ou à regarder
et à se dire à essayer d'imaginer ce qu'on a pu... ça devient
peut-être un peu malsain pour eux quelque part de s'imaginer que
quelqu'un peut faire ça à un enfant, s'imaginer, enfin je veux
dire moi j'arrête pas quand je vois des enfants, mais je me dit
c'est tellement beau, c'est tellement mignon c'est... si vous me
renvoyez à mon histoire et c'est vrai que ça colle pas, je me
dis il y a un truc c'est et voilà... Je me dis que c'est encore
plus difficile pour quelqu'un qui voit ça de l'extérieur ...
S:
Outre, le fait et c'est justement l'intérêt de peut-être avoir
un avis extérieur et de ne pas être victime d'inceste, c'est que
quand on vous parle de l'inceste, même si vous n'avez pas été
victime c'est quelque chose qui plombe... Il semble qu'on ait été
victime d'inceste... Parce que justement, ça renvoie à ce que vous
dites, c'est-à-dire un interdit.
Réponses multipes: Oui... C'est
impossible de prendre en charge...Ca plombe l'ambiance, Oui!
S:
Vous, vous utilisez le terme diable, démon, voilà sans avoir été
victime d'inceste, il y a la question de l'impensable.
J:
Exactement...
Ma: Je le conçois tout à fait ... que j'en veux
jamais, mais je pense il y a des choses, moi je préfère toujours
quand il y a quelqu'un, par exemple quand je finis par le dire...
il n'y a rien et qu'il soit super mal à l'aise et je le
comprends, plutôt, c'est toujours super difficile de se prendre
dans la figure... enfin moi, il y a quelqu'un, un jour, qui m'a
dit: «enfin de toute façon bon c'est bien, tu fais une
psychothérapie, c'est bien tu as un groupe de paroles, enfin en
même temps ce n'est qu'une béquille, ça a duré six mois, un an,
le temps que tu ailles mieux et puis après tu iras mieux et puis
voilà quoi». Ah pas de souci, j'ai envie de lui dire: «Mais
attends! Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis?» Je
lui ai pris l'exemple, il y a un truc quand même formidable dans
cette société: «Vous êtes victime d'un accident de voiture,
vous avez un grave trauma physique, c'est tout à fait normale
que vous entrepreniez une... une comment? une rééducation, des
fois pendant un an ou deux, mais personne ne va vous prendre la
tête, que vous ayez des conséquences post-traumatiques par
rapport à cet accident, vous allez voir un psy, mais tu as
raison, c'est normal, on va l'aider, ça dure deux ans, et après
on ne remet même pas en question, moi non plus d'ailleurs que au
bout de dix ans, il peut y avoir d'autres symptômes
post-traumatiques ou voire même qu'il faille qu'il repasse sur
le billard parce que sa jambe va mal et que ça a des
conséquences, c'est normal. Mais que nous, finalement c'était
bien pire, non, il faut arrêter quoi!
S: Donc, vous ne voulez
pas qu'on enlève l'inceste à l'histoire?
Ma: Eh bien des
conséquences que ça a!
S: Bien que finalement ça enlève
quelque chose... j'ai envie de dire, quelque chose à cette
véracité de l'histoire...
Ma: Oui, mais que surtout, le problème
c'est que ... on aurait tous pu ne pas subir ça en gros, on aurait
évité, on l'aurait fait, maintenant, le problème aussi c'est que
l'inceste, il faut bien dire que c'est ... bon on n'est pas que
ça... c'est clair et net, je ne suis pas qu'une personne incestée,
je suis aussi autre chose, mais je me suis aussi construite
malheureusement sur ça ... qu'à partir du moment où on ne me
reconnaît pas cette reconstruction qui fait partie de moi, on me
nie en partie. «Approbation de tous».
N: Moi quand je... donc à
propos de raconter son histoire, si la personne en face ne me
croit pas, ça ne me gêne pas du tout, enfin ça ne me gêne pas...
non, pourvu que je me crois, c'est déjà pas mal... En fait, j'ai,
enfin bon, j'ai un peu une attitude de moi, face à tout le reste
du monde, mais quand même à propos de parler, il y a un collègue
de travail avec qui je m'entends vraiment bien, je ne lui ai pas
dit, parce que en fait, parce que j'ai peur en fait, il ne va
pas me dire ça... mais j'ai quand même peur qu'il pense que:
«c'est normal, en fait que tu t'es fait abusé comme un taré,
c'est normal!»... comme si c'était ma fonction sur terre en fait
de me faire abuser enfin ....
S: Pourquoi, il dirait ça?
N: Ah,
non c'est moi qui ... non il ne va pas dire ça, c'est moi qui
pense ça.
S: non, non, j'ai bien compris qu'il n'avait pas dit
ça, mais pourquoi, vous pensez qu'il va dire ça?
N: non c'est
moi en fait, comme si c'était normal qu'on m'abusait depuis tout
petit, car je suis une personne mauvaise en fait, entre
guillemets, tout ça, quoi, je pense ça de moi quand même un
petit peu.
J: Excusez-moi, c'est un peu des pensées d'enfant,
S: c'est-à-dire?
M: Je suis mauvaise .... Plusieurs
interventions: A un moment donné, on n'est pas capable, enfin
je ne sais pas, ça t'est arrivé, mais imaginons que ce soit
cinq, six, même neuf ans qu'est ce qu'on peut se dire d'autre
que?... Que de pensez que c'est une punition? ...Oui, que c'est
normal et que c'est une punition, ...Oui c'est vrai, on n'a pas le
choix!... C'est comme ça... Oui, j'ai l'impression que c'est un
enfant peut penser que ça, c'est normal... C'est rassurant en
fait.... Qu'il est mauvais, c'est normal, c'est rassurant...Parce
qu'on se dit pas si dans ce cas là, si je suis faite pour ça, eh
bien, finalement je n'ai pas trop à en vouloir à la personne, il
ne m'a peut être pas fait tant de mal que ça, puisque c'était
mon rôle à la base.... On ne peut pas remettre en cause les
parents en fait... Oui, ce n'est pas possible... Qu'on vous remette
en cause, mais ...
S: Vous aimeriez bien avoir une raison?
N:
Oui, c'est rassurant, ça désangoisse en fait, enfin pour moi S:
c'est ce que je pensais tout à l'heure, il a raison, c'est toi!
N: Mais bon, je ne suis pas tout à fait d'accord avec ça . On
n'est pas d'accord maintenant, parce qu'on est adulte, mais
quand on est petit?
S: Hum
K: Il a raison, c'est plus facile
de dire c'est moi qui suis mauvaise, parce que ça veut dire
aussi que: «Je suis mauvaise, mais je peux éventuellement
m'améliorer, donc si je m'améliore, voilà ça peut, peut-être
cesser»... Par contre si je me dis: «je suis douée, enfin ce
n'est pas de ma faute, c'est la faute de mes parents, ce sont
eux qui sont mauvais, je fais comment pour les changer et que ça
s'arrête?» Quand je suis petite, c'est sans issue, donc au
moins, il y a une issue entre guillemets et de se dire c'est moi
le problème
S: Il y a aussi une issue en se disant: c'est moi
le problème?
Réponses: Bien oui, bien sûr... Une issue ... Une
issue idéalisée, pas idéalisé mais
N: Maintenant, j'ai
l'impression, comme je me mets tout sur le dos, bien je suis le
seul porteur, je peux tout corriger, il n'y a que moi...
S:
modifier?
N: He bien oui!
Ma: Enfin il y avait un ordre
avant, les choses étaient dans un certain ordre, dans l'ordre
des choses, je suis amenée à être victime de mes parents à
partir d'un moment où je suis bien responsable, responsable non,
pas responsable, dans le sens de responsable de soi-même, donc
je peux changer cet ordre-là
S: ... intervenir
Ma: Intervenir,
oui
S: Je propose que l'on fasse une pause
S: L'idée, donc je
voulais aussi vous expliquer ce choix de cette thématique, je me
suis dit, je me suis demandé ce que l'inceste empêche dans la
capacité de rêver....ce que dans le rêve justement dans ce que je
vous ai dit tout à l'heure, construire des parents, se dire, ah
bien voilà, ce que vous disiez sur votre fils... je suis adopté,
ce ne sont pas mes vrais parents, toute cette construction comme
ça, imaginaire. Je me suis demandée en quoi ça altérait... pouvait
en tout cas altérer ce processus.
Réponses: Heu, je ne sais
pas... moi non plus...
V: Il y a en tout cas... toute création
imaginaire, de projet où toute élaboration positive dans mon cas
et irrémédiablement détruite par une image, par un souvenir, un
empêchement, un...
S: Vous voulez dire que ça a un impact
aujourd'hui et de cette capacité quelque part de rêver, de se
laisser dire...
V: De construire, je pense que probablement pour
chacun c'est difficile de construire quelque chose, de
construire sa vie, mais quand on a subi cette destruction.
L'élément destructeur est très fort, donc autodestructeur, ou
destructeur, destructeur peut-être d'autrui, et...
I:
Personnellement, je ne vois pas du tout ce que ça affecte comme
ça, une fonction à rêver, je ne comprends pas comme ça, enfin
j'en parlais ... mais c'est valable toujours maintenant, sauf que
sans doute c'est plutôt dans l'ordre du discours, moi je prenais
le roman familial dans le sens des choses, des choses, de mon
roman à moi, des choses que je peux exprimer de façon très
concrète, très explicite, ce que je veux dire... Je peux rêver
facilement, même de façon immatérielle et notamment sur... c'est
vrai que je réalise, ce n'est pas moi toute seule, c'est vrai
que je me greffe énormément sur d'autres fictions, ce que ... je
le disais tout à l'heure, je le faisais enfant, je le fais
toujours, je vais plus facilement si je suis seule rester dans
des livres ou je vais aller au cinéma, je cherche dans d'autres
histoire, et là je suis très bien ... que de rester toute seule
avec moi-même et de construire des discours toute seule, et là
où je vois un gros blocage, c'est que bizarrement j'ai toujours
dit depuis que je suis enfant que j'écrirai la vie ... L'absurde,
ça doit être jeune parce que c'est mon grand-père m'avait fait
un blason à moi en me mettant un plume pour mes talents
d'écrivain, parce que j'écrivais des petits poèmes et je disais
je serai écrivain et de là... ça fait très longtemps, je n'ai
jamais pu écrire quoi que ce soit de long de... Je n'arrive pas à
écrire notamment ma fiction ou quoi que ce soit... Je peux écrire
quand j'ai quelque chose à faire pour mon travail et tout ça, je
peux écrire assez longuement, je peux écrire des disserts, je ne
peux pas écrire l'histoire, et je pense que là il y a quelque
chose qui bloque, donc rêver... ce n'est pas tellement là que ça
bloque, je pars sur des rêves qui sont un peu faits, puisque je
vais dans les romans ou dans les films où l'on me propose un
monde et je peux rentrer très facilement dans ce monde de
fiction. Par contre moi, fiction ou réalité, là je ne peux pas
écrire des textes qui soient personnels, qui partent de moi, que
ce soit par le biais d'une fiction, que ce soit par le biais
d'écrire un témoignage, et on ne l'a pas dit tout à l'heure...
Mais on nous demandait pourquoi et qu'est-ce qui nous aidait à
raconter, moi personnellement, c'est plus de l'ordre d'une
obligation de récit pour moi-même parce que je pense que je
dirais, c'est presque une sorte de, parce que ça ce dit que
c'est bien de parler, donc je me dis: «moi j'y crois» C'est
quand même une concordance comme quoi de raconter de remettre en
mots le passé quand il est douloureux, ça peut me faire du bien
et c'est vrai le fait d'avoir des enfants, il est important ...
car il y a dans l'idée que je ne peux pas me permettre de faire
la même chose, c'est-à-dire de laisser une sorte d'histoire de...
bordélique comme ça comme on a fait pour moi où on ne sais pas
du tout qui a fait qui, comment les gens étaient entre eux, moi
mes enfants je leur ai dit pourquoi je ne voyais plus leur
grand-père, mon père et je sais que je veux être prête à pouvoir
leur raconter si... ils me le demandent. C'est-à-dire que ne veux
pas leur imposer un récit parce que je suis mal à l'aise avec
ça, maintenant je ne veux non plus que les divisions de la
famille, du monde terrible, mais par contre je me dis il faut
que je puisse raconter, et si je veux pouvoir leur raconter ce
qu'ils me demandent, il faut que moi je sois capable de le
raconter à un moment donné. Et par contre pour le moment la
aussi, on disait qu'est-ce qui aide ? moi c'est fait, c'est ça
qu'ici c'est important dans une analyse, je n'ai pas vraiment
bien réussi à le faire, mais je n'ai pas choisi la bonne forme.
J'attends de retrouver le souffle pour le faire avec un
thérapeute parce que j'ai évité énormément ce récit-là, j'ai
raconté plein de chose du quotidien justement, des difficultés
au quotidien et j'ai raconté très peu mon histoire et donc par
contre, pour raconter il faut aussi des interlocuteurs. C'est
vrai que moi venir ici, c'est ça, ça m'oblige à remettre en mots
régulièrement ce qui m'est arrivé, ce que j'en pense et tout ça
parce que je veux être, ce récit pour le moment le mettre sur du
papier, je n'y arrive pas, peut-être j'y arriverai, mais en tout
cas qu'il soit pas au moins prêt plus ou moins dans ma tête pour
que je puisse si on me le demande et je pense notamment à mes
enfants et que si ils me le demandent que je puisse raconter ce
qu'ils ont besoin de savoir par forcément l'inceste, leurs
grands-parents, ce qu'ils ont vécus, ce que j'ai ressenti par
rapport à ça, je ne veux pas qu'il y ait un trou une fois de
plus et donc du coup je m'oblige ou je travaille, voilà je le
prends comme un travail pour clairement qu'il y ait un fil,
qu'il y ait une histoire.
K: .Les raisons pour lesquelles on
racontait, les raisons pour lesquelles on parlait, racontait,
moi, je pense que c'est plus dû, enfin j'ai un peu l'impression
que enfin... ce qui s'est passé, c'est passé et puis voilà, de
toute façon... ils ont eu le discours en fait un peu de la
famille, c'est normal, ils ont eu raison, ça se fait, voilà
c'est ce côté-là et parler même si ça m'est difficile, je me
dois de le faire parce que c'est aussi leur signifier que non!
C'est leur dire non à un moment donné, vous n'avez pas fait
quelque chose de normal, vous avez eu tort, vous voilà! ....
C'est pendre position aussi contre les agresseurs, c'est les
mettre... vous n'avez peut-être pas envie de voir les choses
telles qu'elles devraient être vues... mais je vais vous obliger
aussi à le faire, quoi, même si ça m'est très difficile, même si
c'est un déchirement, mais en tout cas oui, je le ferai. Et je
bascule sur autre chose, mais par rapport aux rêves à votre
question justement du départ sur qu'est-ce qui? Je ne sais pas,
j'ai toujours une proportion à garder la capacité à rêver, par
contre, enfin, je ne sais pas... mais je n'ai jamais discuté avec
des gens qui n'ont pas vécu l'inceste, mais en tout cas, tous
les rêves que j'ai fait depuis toute petite et que je peux
encore faire, je pense qu'il y a toujours une idée de violence
qui reste dans mes rêves que ce soit aussi bien quand je disais
quand j'étais petite cette espèce un peu de côté de protection,
de tribus avec des gens à peu près de mon âge d'aller aider
d'autres, mais c'était toujours par la violence et toujours une
espèce de devoir protéger mais en se battant, en se battant
physiquement, voilà quoi, dont je sortais vainqueur forcément
puisque c'était un rêve, mais voilà toujours une idée de
violence. Je ne suis pas bien sûr d'avoir eu des rêves. Moi le
côté, enfin je trouve ça à la fois très beau et très niais, ça
m'attire toujours... J'ai peut-être trente ans mais je n'en sais
rien, mais quand j'entends des gens ou des amis ... quand on
discute de la relation amoureuse et comme il y en a encore
certain qui ont encore la conception entre guillemets du prince
et de la princesse charmante et du prince et tout, je ne suis
pas bien sûr d'y avoir cru, en tout cas si j'y ai cru, c'était
bien avant l'inceste, donc c'était avant mes trois ans, donc ça
remonte à très très longtemps...
S: Donc c'est ça aussi le rêve
alors?
K : Et ce rêve là, je ne l'ai jamais eu et je n'y crois
absolument pas quoi, enfin je trouve ça même gravissime, même si
on pouvait d'ailleurs arrêter aux enfants... notamment aux petites
filles de leur faire croire que le prince charmant sur son
cheval blanc va venir les sauver et qu'elles vont vivre
heureuses, je pense que ça éviterait à pas mal de gens des
psychothérapies, parce que franchement, enfin ce n'est pas la
réalité quoi, la réalité ce n'est pas ça et on peut rêver de
grandes choses dans la vie mais enfin après aussi il faut que ce
soit ...
S: Mais pourtant, il y a peut-être des petites filles
qui rêvent que le prince charmant justement parce que il y a eu
une relation que vous décrivez, c'est-à-dire de ce qui est à
l'opposé de l'inceste...
K: Oui mais le problème, c'est qu'après
par exemple à vingt ans... quand elles vont rentrer dans les
relations amoureuses et tout, elles vont bien se rendre compte
que le prince charmant c'est quelque chose de parfait, c'est une
signalisation, mais ça n'existe pas quoi,
S: Mais c'est
important de rêver, de se dire que c'est bien...
K: Pour moi ce
n'est pas important parce que du coup, ça veut dire aussi
qu'elles vont se prendre de sacrées «claques» dans la figure
et que ça fait mal de descendre de son rêve quoi... Moi à la
limite je me dis bon OK, mais je sais bien la différence entre
un rêve et une réalité. Rêver c'est bien, mais ce n'est pas la
réalité, la réalité elle dure, elle est froide quoi...
S: Alors
ça, on le verra peut-être dans un autre groupe, parce qu'on fait
un thématique sur le conte et donc ce sera peut-être une suite?
K: D'accord, je ne le savais pas.
S: On a dit qu'on écrivait
l'histoire, donc, oui ce que vous décrivez c'est vrai que ça
parle de cette capacité à rêver, oui, je vois bien que vous
rêvez, bien entendu je ne parle pas de l'ordre mécanique, je
parle de ce que vous décrivez là c'est-à-dire quelque part tous
ces rêves un peu d'enfant d'insouciance ou un peu...
K: C'est
toujours une... ça se termine mal toujours,
S: L'histoire se
termine.
Ma: Ah oui, toujours, oui, alors peut-être qu'il faut
concentrer ses efforts vers une figure positive d'un prince
charmant ou autre pour arriver à combattre et à faire en sorte
que l'histoire se termine bien, mais si ce n'était pas le cas,
ça serait ni interdit, ni si dévastateur que ça donc. Pour moi
bien sûr, ça détruit complètement la capacité de rêver, par
contre ça peut plonger pas mal dans le mensonge aussi, dans le
mensonge ...
S: C'est-à-dire?
Ma: Enfin, le déni, aussi une
forme de fuite dans l'irrationnel comme les petits moments où
l'on s'évade en pensées et, comme quand on est absent, au réel
etc...oui....
S: Vous pensez qu'alors que ces moments d'absence
dont vous parliez tout à l'heure, c'est une possibilité de
retrouver quelque part ce rêve qui a été, enfin tous ces rêves,
enfin c'est ça, c'est une idée que l'on peut évoquer?
Ma: A
mon avis oui, c'est là où on peut se rattacher à notre histoire,
dans ces petits moments là quoi...
S: Est-ce que ces moments
d'absence seraient une période finalement où... enfin je
l'appelle une période... même si je sais que ce sont sur des
moments de deux heures ou trois heures, je sais que vous l'avez
dit, je l'entends bien, mais j'ai quand même envie de l'appeler
période parce que se serait peut-être dans la tête, une sorte de
période où on recrée ça, où on essaye de reconstruire ça,
c'est-à-dire cette histoire de possibilité de rêver d'y croire
comme on dit....
S: Oui, oui, C'est une question
Na: Moi, je
dirais même plus, moi je dirais que quand ces moments là sont
intenses, parce que pour moi, se sont des périodes un peu
d'anesthésies, qui sont un peu longues et souvent difficiles... Ce
sont des périodes où j'ai tendance à me dire que je ne serais
pas en état de travailler, c'est-à-dire que au lieu de chercher
du travail, ou de... C'est une façon de s'abstraire un petit peu
de la réalité parce que c'est tellement présent, même sans y
penser consciemment parce que justement dans le groupe de parole
ou des ateliers comme aujourd'hui ça me permet de mettre un
temps, de penser sur ça, sur l'inceste et ça m'évite que ça
m'envahisse trop tout au long de ma semaine ou dans mon
quotidien. En même temps, je sais qu'il y a des périodes, des
fois j'ai l'impression qu'inconsciemment ça me submerge
tellement, je suis tellement dans la projection dans le futur ou
dans... mais un futur beaucoup trop lointain, beaucoup trop que ça
mène à ne plus savoir trop non plus ... où j'en suis où voilà
quoi... Mais, j'ai besoin de ces moments là de, d'autoréflexion,
de je ne sais pas comment appeler ça, qui sont des moments qu'on
ne peut pas s'autoriser quand on travaille, ou quand on .... oui,
voilà. Comme si j'avais manqué de temps pour moi et que j'ai
besoin d'un temps vraiment pour moi maintenant très important
quoi
S: Si vous devez lui donner un nom à ce temps, se serait
quoi? Puisque j'ai une idée comme ça, mais, j'aimerai connaître
la vôtre?
Na: Une réparation, peut-être!
S: Le temps
réparateur?
Is: Réparateur dans le sens: repos ça met du
temps, souvent ça veut dire que j'ai beaucoup besoin de me
reposer, mais en même temps, j'ai du mal à le rendre positif
comme ça, comme on le disait tout à l'heure, quand il y des
absences comme ça, par définition ... si il y a vraiment une
absence, je ne sais pas ce que j'en fais, puisque si je le
savais, ce ne serait plus une absence. Ce sont vraiment des
moments que je zappe comme ça dans ma journée, dans ma vie, donc
après coup je peux me dire que c'était peut-être réparateur,
j'en ais besoin, mais sur le moment quand je me retrouve comme
ça parce que, ça a été dit tout à l'heure, ça m'a marquée... donc
au bout de trois heures de ne pas savoir ce j'ai fait de moi, je
ne peux pas dire si je l'ai occupé à rêver, à reconstruire,
puisque je ne sais plus très bien ce que j'ai fait. J'ai juste
l'impression que ...
N : Mais tu étais où, tu étais sur une
chaise? Allongée?
Is: Ah! en général oui... peut-être
allongée, mais à ce moment là, je vais dormir... donc je sais que
j'ai dormi, à la limite, mais si je suis... il y a une journée, je
suis chez moi, il n'y a personne, donc il n'y a pas de témoin de
ce que j'ai pu faire... donc je ne peux pas me raccrocher à ce que
les autres savent ce que j'ai fait, je sais bien que j'ai passé
ma journée... dans ma journée j'ai fait, je ne sais pas moi j'ai
écrit... j'ai du travail à faire, j'ai corrigé des copies, j'en ai
corrigé deux/trois! C'est impossible ... je ne sais pas j'avais
sept heures devant moi, et j'avais du temps et je ne sais pas ce
que j'ai fait de ces sept heures. Je veux dire je ne sais même
pas, je ne suis pas dans un état second, je sais que je suis
allée voir... et je ne comprends pas comment j'ai pu passer autant
d'heures et je n'ai rien fait et je ne m'en rappelle plus
vraiment... Je n'ai pas vraiment de moment d'absence, ce n'est pas
quelque chose de l'ordre de la conscience, c'est pas comme si je
devais faire mes cours, mais je ne m'en rappelle plus exactement
j'ai déroulé mon temps. J'avais ça quand j'étais plus petite, de
façon beaucoup plus grave, parce que j'avais ça en classe ...
pourtant j'étais quand même une très bonne élève malgré ça, et
je continue maintenant à fonctionner comme ça, sauf qu'adulte
c'est beaucoup plus grave à toujours rattraper le temps perdu à
être très efficace en effet dans l'urgence... parce que il le faut
bien. Et quand j'étais petite fille en classe à un moment donné
je m'aperçois qu'il n'y a plus rien sur me cahiers, je ne
copiais plus ce qu'il y avait au tableau, et je ne comprenais
pas ce qui c'était passé, je ne savais pas pourquoi je n'avais
pas écrit, je reprenais le fil d'un coup, paf, comme si je
ré-atterissais, je m'apercevais qu'il manquait deux paragraphes
et donc après je me débrouillais pour prendre les cahiers des
autres et pour recopier les deux paragraphes qu'ils manquaient.
J'étais incapable de me souvenir. Maintenant, c'est un peu
mieux, je sais, mais là par exemple j'étais sur une chaise, je
regardais et il y avait un moment donné qui avait sauté comme ça
et je ne savais pas ce que j'en avais fait, comme je ne parlais
pas, je suppose que je ne dérangeais personne, j'étais
paralysée, ça a peut-être duré dix minutes, peut-être une heure,
je n'en sais rien, maintenant, j'ai ça ...en moins angoissant,
parce que ce n'est pas une perte complète de conscience, mais
quand même cette idée que voilà, que j'ai fait quelque chose,
mais ça ne justifie pas tout ce temps, c'est emmêlé quoi.
S:
Donc culpabilisant, Allez-y
Is: ça m'évoque quelque chose de
très fort, en fait une espèce de... d'état de dispersion en fait,
où il y a un moment effectivement, moi aussi j'ai besoin de
faire quelque chose ou il faut que je fasse quelque chose et... Il
y a une sorte comme de cafouillis incroyable avant d'arriver à
faire cette chose et des fois parfois, j'ai l'impression au
final de ne pas y arriver et de me perdre en route et en fait ça
me rappelle finalement, mais c'est juste en fait... C'est comme
une métaphore parce que j'ai l'impression que ça fait référence
à ça, à ce moment, le moment de l'agression en fait où moi quand
je me suis faite agressée en fait, je suis passée dans le salon,
mon père était dans la chambre... je passais, c'était l'été... et
j'ai entendu que l'on appelait mon nom, j'ai levé la tête, il
m'a appelée dans ma chambre... et puis là il s'est passé quelque
chose quoi, et donc j'ai un petit peu toujours l'impression
quand je suis comme ça complètement en cafouillis et que je
n'arrive pas aller au bout de quelque chose, c'est que
finalement, après m'être faite agressée... Je me dis mais comment
ça s'est passé, comment j'en suis arrivée là, et en fait, la
question c'est pourquoi, pourquoi ça s'est passé, en fait c'est
impossible de trouver une raison. Donc finalement, je n'arrive
pas, c'est comme si je n'arrivais pas à aller jusqu'au bout de
ce que je veux faire, parce que je n'arrive pas à trouver la
raison de pourquoi il s'est passé ça et qu'est-ce qu'il s'est
passé finalement.
S: La réponse à une question qui revient...
Is: Eh bien voilà, je suis en parallèle comme ça, je ne sais
pas ... si c'est juste une association d'idées, mais voilà. Merci
de m'avoir laissé parler un petit peu.
N: Oui enfin moi, je
voulais parler en fait par rapport à ce que disait Is sur les
temps d'absences, moi j'en ai quand même beaucoup... même si j'en
ai beaucoup moins maintenant... C'est vrai que j'ai passé des
week-ends entiers dans mon appart tout seul, je ne voyais
personne, c'était vraiment une période où je n'arrivais pas à
avoir vie sociale, mais quand même je ne faisais jamais rien en
fait, je passais quand même des journées à écrire. J'écris
beaucoup en fait, quand je ne fais rien, il y a beaucoup de
choses qui se passent dans ma tête, j'écris, je ne fais
qu'écrire en fait... Enfin c'était pour dire ça, enfin pas rien.
Ah oui, j'ai une trace, moi c'est assez phénoménal, j'ai une
trace, je ne sais pas qui voudra lire ça, parce que c'est des
milliers de pages, enfin des milliers! Mais j'ai toute la trace
de mon parcours en fait, c'est assez con, enfin c'est con...
I:
De levée d'amnésie, c'est ça?
N: Oui, oui complètement, mais
moi en fait je suis dans une période où maintenant j'ai ces
moments d'absences, j'en ai de moins en moins... enfin, je suis de
plus en plus dans l'action dans le ici et maintenant. Et par
contre sur la question de la, est-ce que ça altérait à la
capacité à rêver le fait de d'avoir été agressé dans son
enfance? pour moi non ça été un booster de rêves en fait, je me
suis tout le temps rêvé la personne que j'aimerais être bien
dans le futur, et maintenant mon boulot, c'est d'essayer
d'arriver à être que le rêve, que la façon dont je me suis pensé
rêvé dans le futur en tant qu'adulte, eh bien là je suis en
train d'essayer de le faire concrètement, par contre c'est hyper
dur! Mais ça m'applique du coup à être hyper présent, pas de
moment de flottement, être dans le présent, être dans l'action,
enfin voilà ...
Ma: Oui mais du coup sur les rêves, moi ce que
j'entends à chaque fois, c'est ce que j'ai dit aussi, c'est, je
n'ai pas l'impression que les rêves complètement irréalistes,
que tu sais que ce n'est pas possible du domaine du réalisable,
par qu'en fait quand tu es enfant tu rêves des choses un peu
impossibles quoi...
N: Enfin, comme quoi?
Na: Je ne sais pas,
j'ai du mal, c'est que des choses enfin...
Ma: Comme le prince
charmant...Oui, comme le prince charmant, pour en revenir à ça,
mais des choses complètement idéales, où tout est beau, tout est
rose, toi tu dis: «tu rêvais», effectivement on a tous une
capacité à rêver je pense que, ça très clairement, mais c'est
des choses visiblement qui sont réalisables, puisque tu es en
train de l'appliquer...
N: Enfin...
M: Enfin ce n'est pas si
clair, tu dis que tout le monde peut rêver très clairement...
N:
Non, mais voilà quoi, enfin...
M: Ce n'est pas si clair...
M: Moi
ce rêve ... Moi je peux l'associer au fait que je savais ce que je
ne voulais pas, mais je ne savais pas ce que je voulais par
contre, mais ce que je ne voulais pas, ça j'étais sûr que je ne
voulais pas, eh bien d'abord m'éloigner de la famille, quoi que
je ne suis pas éloignée finalement, mais enfin bon, enfin tout
de même un peu par moment dans ma vie quand même si, et
heureusement! Heureusement! ça a été mes bouffées d'oxygène,
alors, après en ayant repris des forces, j'ai pu revenir, mais
je n'ai jamais rompu vraiment, mais c'est vrai, je m'étais
éloignée. Et ça, je savais très bien que je ne voulais pas
revivre les schémas que j'avais vécus etc. ...Et finalement, je
m'en suis pas si mal sortie que ça! Enfin, vu de l'extérieur
maintenant, enfin. Mais alors par rapport aux rêves, je ne
pensais pas à ça, moi dans le rêve j'avais associé ça à
l'imagination, alors par contre, que l'inceste... ça coupe
l'imagination, alors ça, moi ça a été mon problème, je n'étais
pas bonne en français, parce que je n'arrivais pas à écrire ...
parce que je n'avais pas d'imagination, pas d'idées, c'était
toujours plat, terne, enfin, vraiment, j'ai des appréciations
horribles, et des trucs comme ça, Comment un élève peut
progresser? Donc, je n'avais jamais rien d'intéressant à
raconter, qu'est-ce que je pouvais raconter à l'école? Il
fallait que je raconte, là, il aurait fallu que j'écrive des
rêves que je ne pouvais pas faire. Donc, je ne pouvais pas
raconter ma vie, je ne pouvais pas raconter, raconter votre
dernier voyage, raconter vos vacances, raconter... C'était
impossible, donc ça, ça m'a vraiment gêné.
Na: Moi c'était le
contraire, c'était l'imagination
M: Alors moi, je n'avais rien
à dire, rien
S: Ca tue non, d'accord?
N: moi je rejoins M sur
l'imagination,.... En fait là, je n'ai pas tout écouté, si j'ai
compris que ça bloquait l'imagination, après en fait, j'ai zappé
une fois, une fois que j'ai compris ce que la personne veut
dire, enfin, je peux zapper en fait, du coup enfin, mais ....
M:
Ca m'a nui dans mon écriture à l'école, c'est pour ça que je ne
suis pas allée faire des lettres, ça m'aurait intéressée, mais
vraiment j'étais nulle, nulle, nulle et les profs disaient que
j'étais nulle. Enfin je n'avais rien à dire. Tout est vide....
S:
Le Roman à raconter?
M: Il était vide, parce que trop plein.
Il avait une apparence qu'il était vide, c'était faux.
S: Moi,
j'aime bien cette expression, il est trop vide parce qu'il est
trop plein, mais tout à l'heure vous l'aviez pourtant dit que
c'était un roman à trous. C'est quoi qui est trop plein alors?
N: Un trou, moi c'est des trous, quand on dit des trous, j'ai
des trous de pensées, moi je n'arrive pas à penser, j'ai des
blocages dans mon cerveau. Des trucs, je n'arrive pas à penser
quoi, à écrire, à imaginer à penser, à élaborer un discours,
enfin voilà...
Na: Moi, j'ai du mal à respirer, à articuler le
discours, j'avais, mon principal problème dans les rédactions,
c'était d'articuler les pensées entre elles, mais autrement, moi
c'est le contraire, moi je, de toute façon, moi j'étais muette,
je m'estime muette jusqu'à un certain âge, dans le sens où avant
je ne tournais pas sept fois, mais, trente fois, quarante fois
ma langue dans ma bouche avant de parler. Je ne parlais jamais,
même en classe si on ne m'interrogeait pas, et pour moi au
contraire, écrire j'arrivais à m'exprimer par écrit, et souvent
les profs ne comprenaient pas que je ne m'exprime pas oralement
parce qu'ils savaient que j'avais des trucs intéressants à dire,
mais moi je ne m'autorisais pas à parler quoi. Parce que je ne
m'autorisais pas à dévoiler de quelque manière que ce soit et ...
S: Mais par rapport à l'imagination alors, vous disiez que vous
n'étiez pas d'accord avec M
Na: Oui, parce que moi, moi au
contraire, j'avais l'impression que, au contraire, je me
réfugiais derrière l'imagination à la création. Pour moi, c'est
un moyen de survie là si je ne reste pas une semaine sans créer
quelque chose, moi, je suis très manuelle, je fais beaucoup de
trucs de on va dire créatifs... de choses comme ça, pour moi,
c'est aussi indispensable que manger, boire...
N : Est-ce que tu
peux t'exprimer dans toutes les matières créatives?
C'est-à-dire écriture, enfin tu as des blocages....
Na: Oui, Oui,
non moi ça va, je peux toucher un peu à tout, je peux apprendre
un peu tout en autodidacte dès que ça touche à la matière, dès
que moi ça me fais énormément de bien. Et l'écrit, j'ai fait pas
mal de, j'ai fais des études de lettres, donc j'ai pas mal eu à
écrire, maintenant, j'ai un peu plus de mal, je préfère quelque
chose de moins abstrait on va dire, de plus, voilà, la matière...
S: C'est ce que vous disiez tout à l'heure quand vous avez
parlé de concret
Na: Oui, exactement.
K: Moi, ça n'a pas du
tout nui à mon imagination, au contraire, c'était, j'ai toujours
été très bonne en français, l'écriture ne me pose pas de
problème, encore maintenant j'écris beaucoup, même sur
l'histoire, je pense que j'ai besoin de ça par contre, alors
comme Na, sur mes copies, enfin c'est vrai que j'ai autant à
l'écrit j'étais très bonne, autant à l'oral on ne m'entendait
jamais, j'étais une élève complètement effacée en retrait, et
donc il y avait une espèce de chose un petit peu bizarre, par
contre et je pense que c'est là que l'histoire de l'inceste a
jouée, c'est par exemple sur les thèmes effectivement qu'on a
tous je pense majoritairement connus, racontés, vos vacances et
tout, alors moi, j'avais toujours mais des tas de trucs à dire,
des supers trucs, mais alors par contre à chaque fois j'avais
des bonnes notes, parce que c'était bien raconté, j'avais de
jolies choses, mais alors par contre, clairement, déjà et enfin
c'est bizarre, où alors, je ne sais pas, il(s) ne voulait(aient)
pas voir ou je ne sais pas, mais effectivement c'était
clairement pas un truc, ce n'était pas possible que j'ai
vraiment vécu, ce n'était pas mes vraies vacances, ont voyait
très clairement que c'était imaginatif, enfin bon je n'étais pas
sanctionnée par rapport à ça, parce que je racontais une forme
de vacances et par contre on m'a toujours décrit par contre
depuis toute petite que j'ai encore des copies comme ça, noire,
triste, c'est toujours des trucs, enfin c'était un peu, un peu
glauque, il y avait toujours des passages dans mes voyages de
vacances, il y avait toujours un tuc qui arrivait, qui plombait
l'ambiance, alors je ne sais pas la gamine qui se perd dans la
forêt, qui a peur, qui rencontre des monstres, il y avait
toujours un truc. Une fois j'avais une dissertation où j'ai
expliqué qu'on était partis trois semaines à la voile sur un
bateau, ce qui m'est assez facile, parce que l'on fait beaucoup
de voile dans ma famille, bon effectivement, on n'était pas
partis trois semaines sur un bateau, mais bon, comme j'en avais
déjà fait, j'arrivais à cadrer on va dire certaines paroles,
mais par contre, bien voilà on avait forcément essuyé une
tempête, il y avait quelqu'un, un adulte qui s'était noyé enfin,
ou quelqu'un qui était disparu, enfin il y avait toujours des
trucs comme ça. Ce n'était pas des choses, pas que des trucs
jolis, quoi. Mais l'imagination par contre, oui j'étais, j'avais
des choses à dire, mais ce n'était pas, l'imagination était
quand même là quoi.
J: Moi, j'ai l'impression au niveau de
l'imagination à l'enfance enfin, elle s'est vrai qu'elle était
complètement bloquée par, parce que moi, enfin parce que
imaginer c'est penser ... et penser ça me faisait peur en fait,
enfin dès que je retrouvais seule avec moi-même pour moi,
c'était tout de suite, enfin mon rêve pour reprendre le thème du
rêve, c'était de, mon premier rêve, c'était de sortir de
cauchemar dans lequel j'étais et finalement ça a un petit peu
résumé mon rêve de toute petite et un peu de toute ma vie quoi,
de sortir de cette histoire, de sortir de cette famille, sortir
de ce qui m'arrivait, de mon silence etc... Et donc, tout ce qui
était, enfin, tout ce qui pouvait justement susciter
l'imaginaire, la lecture, moi je me rappelle que me retrouver
même devant, enfin, à écouter de la musique etc... Il y a eu,
après ça s'est passé un petit peu, mais après il y a eu tout un
moment, je n'aimais pas ça, ça me faisait limite pleurer, je me
sentais mal parce que je me retrouvais avec moi-même
S:
abandonnée...
J: et finalement ça ne faisait que me remue, oui,
c'est l'impression que moi ça me replongeait dans ce tourbillon
et que, et rêver c'est confronter en même temps voilà à la dure
réalité qui n'a rien à voir avec ce rêve et qui, enfin voilà
pour moi, ça m'a bloqué beaucoup à ce niveau là, je pense que,
au lieu de je ne sais pas, enfin, moi je trouve ça, enfin tout
ce qui est création encore une fois, j'ai peut-être la
possibilité, je sais que quand j'étais petite j'avais gagné un
concours de peinture etc... J'aime bien écrire, parce que je me
suis aussi pas mal racontée, mais c'est vrai qu'au moment des
rédactions sur thèmes imposés ou encore pire si le thème n'est
pas imposé, ça me renvoie trop à moi-même, oui ça me renvoyait
trop à moi-même et ça me faisait peur et oui, je sortais, ce
n'était pas de l'imagination positive je pense. Je n'avais pas
l'impression de me faire du bien, voilà.
Is: Donc c'est que
disait M quand on a parlé de vide, moi j'ai l'impression, je ne
sais pas si je l'ai inventé, je ne pense pas qu'on mettait ça
comme appréciation, moi j'avais une facilité d'exécution dans
l'écriture parce que j'avais d'assez bonnes notes, mais je me
rappelle quand les sujets c'étaient personnels, on me reprochait
justement que la partie style ça allait, je m'en rappelle j'ai
eu une réaction en 5ème, on me demandait du parler du feu, alors
je mettais plein de vocabulaire, j'allais chercher dans le
dictionnaire, donc il y avait une partie, oui c'était vraiment
de l'exécution, c'était de maîtriser la langue, ça je pouvais,
on m'a dit par contre, ce n'est pas très vécu, ce n'est pas,
parce que en effet, je n'arrivais pas dès que les sujets, donc
moi je travaillais bien, ça doit dépendre des programmes qu'on a
vus aussi, parce que moi on me demandait plus, j'ai l'impression
de mes souvenirs de travailler sur les textes des autres à
l'explication de textes, donc il n'y avait pas de problèmes,
mais raconter des choses personnelles, ça non, et du coup les
fois où les rédactions étaient sur des sujets, tu disais des
sujets libres, je détestais le sujet libre, je ne voyais pas ce
que pouvais raconter, et je pense réellement qu'en effet ce que
j'aurai pu raconter est tellement irracontable en classe de 5ème
ou de 6ème , aller raconter ce que mon père faisait avec moi,
voilà donc, et c'était comme ça ... mes pensées, alors raconter
des souvenirs de vacances et tout ça, donc du coup, je faisais
des trucs très bien écrits, mais autour d'autres choses,
j'écrivais une description de quelque chose. Et je me rappelle
d'une seule fois où j'ai voulu justement on m'avait demandé de
raconter un souvenir de vacances en dessin, alors le dessin,
j'aimais bien parce que justement pur moi c'était beaucoup plus
abstrait, ça me permettait de raconter sans, et la poésie aussi
parce que il n'y avait pas un fil linéaire, j'écrivais des
poèmes parce que là c'était plus des images qu'un réel discours
construit, il m'est arrivée ... une fois, on m'avait demandé en
dessin de raconter justement un souvenir de vacances en dessin
et je m'en rappelle j'avais mélangé du vrai, donc justement
j'avais dessiné mon frère et moi à la montagne là où mon père
notamment a abusé de moi de façon très importante et je nous
avais dessinés derrière un rocher voyant des aigles en disant
qu'on avait vu des aigles royaux, tout ça, parce que j'avais lu
des trucs sur les aigles royaux. Le professeur de dessin m'avait
fait venir pour me demander si c'était vrai... J'étais
horriblement mal parce que j'avais l'impression qu'il me traiter
de menteuse, mais vous les avez vraiment vus, c'était où, parce
que il n'y en a plus beaucoup, et tout, et j'étais là, je me
rappelle je suais à grosses gouttes parce que je disais mais
pourquoi
S: Ca me fait penser la chanson de Barbara.
Is: Eh
bien oui, et je me suis dit, mais pourquoi j'ai raconté ça ho
la, la... ce n'est pas vrai, parce que il me disait, mais enfin
mais comment ça et tout, et j'avais l'impression dans la
consigne, il fallait un vrai souvenir réaliste, comme il disait...
il ne fallait pas qu'il y ait d'histoire et le fait que j'avais
vu les aigles, ça n'allait pas du tout, en plus sur le dessin,
ils étaient tout près, je les avais dessiné en gros, donc là
j'avais tenté de tourner la consigne, donc là ça ne marchait pas
et par contre voilà je, ce que j'aurais eu à montrer, ce n'était
pas très joli quoi, je n'allais pas monter mon père en train de
se faire masturber par sa fille, voilà, parce que ça mon
souvenir de vacances à la montagne c'était ça, donc je n'allais
pas dessiner ça, enfin je dis ça maintenant en tant qu'adulte,
ça ne m'est même pas venu à l'esprit, mais je réalise que voilà,
il y avait une inadéquation entre ce qui se passait dans ma vie,
donc du coup, par contre c'était pas l'impression d'effet de
rupture avec l'imaginaire, voilà tant que c'était des domaines
réservés où je ne pouvais pas aller, tout ce qui était
l'autobiographie ou des choses comme ça et d'autres domaines qui
étaient plus, qui étaient codifiés autrement comme la poésie ou
le dessin, un code que l'on pouvait inventer, et donc je pouvais
y aller, je pouvais me débrouiller et pour moi ce jour là, le
dessin les codes se sont mélangés déjà, parce que je pouvais
penser que je pouvais inventer et puis on me demandait quelque
chose de réaliste et là je ne pouvais pas par contre, donc....
Na: Alors que moi, j'avais tellement d'imagination je créais
deux histoires et je choisissais la meilleure. C'est-à-dire que
j'avais deux possibilités de choix quoi. Et par contre je
pleurais quand il fallait résoudre des problèmes de
mathématiques, alors ça, ça a été ma bête noire, mais à un point
pathologique quoi, enfin c'est....
S: Pourquoi, quel est le
rapport que vous faites avec l'imagination et les mathématiques
?
Na: Eh bien pour moi, c'était le contraire, c'était la
logique, c'était le rationnel, mois je ne sentais pas du tout à
l'aise avec ça quoi, de savoir que 1 + 1 ça fait 2, moi pour moi
ce n'était pas normal quoi, c'était...
S: 1 + 1, ça fait quoi
alors?
Na: Eh bien, je ne sais pas... ça faisait autre chose
quoi, ça faisait ce que j'en avais envie ou
S: Mais ça pouvait
faire quoi pour vous, c'est intéressant? Qu'est-ce que ça
pouvait faire 1 + 1?
Na: Je ne sais pas, 3, 4 N: ou zéro
Na:
Zéro
N: Oui ça c'est pas mal
Na: Mais, je... et les problèmes
mathématiques, bizarrement, je ne l'ai... j'arrivais à les faire
uniquement quand j'étais avec ma mère à la maison, c'était là,
et moi j'associais les maths avec les éléments masculins, pour
moi les maths, c'était masculin, le français c'était féminin,
Pour moi le féminin c'était le protecteur, le masculin c'était
négatif, c'était l'agresseur et alors je pense que j'ai noué un
lien très compliqué avec mon père qui était dans le commerce et
qui, voilà. J'ai eu souvent pendant longtemps une hantise de
tout ce qui concernait l'argent, les maths, le commerce, pour
moi c'était rattaché à la figure de mon père, et les maths
c'était rattaché à la figure de mon père.
N : Oui rapidement par
rapport au temps qu'il reste, par rapport aux dissertations,
enfin je ne me souviens plus trop mes dissertations, mais comme
j'avais énormément de mal à faire ce genre de chose là, mais en
tout le temps, tout ce qui est rendu compte, enfin, devoirs à
faire, je faisais que ce qu'ils voulaient que je fasse, enfin,
je leur rendais ce qu'ils voulaient ce que je leur rende, enfin
comme si rien ne venait de moi. C'est comme j'étais tout le
temps sous contrôle et que je rends ce qu'il faut faire en fait...
S: Rien de quoi, de qui?
N: Et bien de la société, je n'étais
pas libre en fait, comme si de l'extérieur, ils attendent, je
rends ce qu'ils attendent, enfin, c'est un peu compliqué, il n'y
a rien qui venait de moi, quoi, je n'avais pas le droit, moi ça
n'existait pas donc voilà, quoi ....
S: Quelqu'un veut peut-être
rajouter quelque chose par rapport à ça....Non, j'arrête le
dictaphone?
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